Garnison britannique et théâtre français
Par André G. Bourassa. Soutien multimédia, François Bourassa.


Pour comprendre l'activité théâtrale de la période suivante, celle dont les principaux acteurs sont des officiers britanniques, il faut se rappeler que, dans l'opération conquête de la Nouvelle-France, dont plusieurs attaques sont parties de la Province de New York, on a eu recours à un grand nombre de soldats et d'officiers qui étaient soit des protestants français, soit des Écossais nouvellement vaincus et dont les parents avaient jadis profité de la double citoyenneté écossaise et française. Le gouverneur George Prévost par exemple, né au New Jersey, était fils de l'officier suisse Augustin Prévost qui était au rang des attaquants de Québec en 1759 ( Dictionnaire biographique du Canada, ici DBC, 1966, vol. V, 762-64); c'est le frère de ce dernier, Jacques Prévost, qui avait obtenu de George III, roi d'Angleterre et de Hanovre, en novembre 1755, l'autorisation de former un régiment réunissant des soldats et des officiers protestants d'origine allemande et suisse : en mars de l'année suivante, il avait réussi à regrouper 90 officiers et sous-officiers, incluant Henri Bouquet, Conrad Gugy, Frédéric Haldimand et Frédéric Wallet des Barres (1).

Car le gouverneur Haldimand, d'origine vaudoise, était un de ces protestants francophones qui pouvaient prêter le Serment du Test et se voir nommés gouverneurs de provinces ou de villes, membres du Conseil ou secrétaires politiques, comme Guerout, Masères, Mathurin et Mounier à Québec; Cramahé, Du Calvet et Dupré à Montréal; Bouquet et Montrésor (2) à Niagara; Bruyères, De Mestral et Lévesque aux Trois-Rivières; André et Saint-Léger à Saint-Jean. Sans oublier certains cas isolés comme celui de Michel Houdin, un ancien missionnaire de Nouvelle-France installé à New York avec son épouse en 1744 et nommé pasteur de la Nouvelle Rochelle en 1761, celui-là même qui prononça le sermon de départ des troupes du Général Wolfe et les accompagna jusqu'à Québec où le général Murray l'a retenu un an comme informateur (Chinard 1925, 172-73). En 1812, deux régiments suisses, un de Berne et un de Neuchatel, 2500 hommes au total, furent engagés par les Britanniques pour lutter contre les États-Unis (Malchelosse 1937, 282-96).

Cette conjoncture francophone inusitée explique la présentation à Montréal, en 1774, de deux soirées de théâtre français dont certains des participants connus sont britanniques. La direction des pièces, produites dans la salle de théâtre du Notaire Antoine Foucher, sur la Place d'Armes, est en effet assumée par le capitaine Edward Williams, avec le négociant Jacob Jordan comme producteur, de même que Joseph Dominique Emmanuel Lemoyne de Longueuil et l'artilleur James Thomas comme comédiens. Outre Foucher et Longueuil, un autre français qu'on peut identifier est le décorateur costumier, Jean-Baptiste Tison, un soldat à la retraite. La troupe d'occasion présenta, en version originale ou en arlequinade, le Bourgeois gentilhomme et le Médecin malgré lui le 12 février. Le 19, elle reprit le Bourgeois qui fut suivi d'une autre pièce, Maître Bonne( Bulletin des recherches historiques, ici BRH, vol. XXIII, 373-76; Massicotte 1928, 48-51; Trépanier 1968, 81-83).

Le groupe était disparate. Williams, écossais, était un capitaine d'artillerie en poste à Montréal, et Thomas était manoeuvre dans son régiment (3). Lemoyne était seigneur de Longueuil et portait le titre de baron accordé à sa famille (4). Jordan, né en Angleterre, était venu faire fortune à vingt ans, en 1661, dans cette colonie où il allait un jour acheter une seigneurie, Terrebonne, et se faire élire député (5). Tison était resté au pays après la défaite et gagnait sa vie comme perruquier(6). Foucher, originaire de Bourges, dans le Berry, avait été nommé en 1746, sous le régime français, notaire de la rive sud du gouvernement de Montréal, avec résidence à Verchères, son pouvoir ayant été étendu à la rive nord en 1749 et à Montréal en 1751. Les Britanniques l'avaient maintenu dans ses charges.

Foucher, Longueuil, Thomas et Williams allaient se retrouver au fort Saint-Jean l'année suivante, à lutter contre l'invasion des new-yorkais devenus indépendants. Au temps où New York était une province britannique, la Nouvelle-France eut beau fortifier Chambly (fort Saint-Louis) en 1711 et Ville-Marie en 1716, construire le fort Saint-Frédéric à la Pointe-à-la-Chevelure, au sud du lac Champlain, et entreprendre en 1733 la concession, le long de la rivière des Iroquois [dite Sorel, puis Richelieu], de quinze seigneuries aujourd'hui américaines (7), les affrontements vont se multipliant. En régime français : 1755 au fort William-Henry sur le lac Saint-Sacrement qui est rebaptisé Lake George; 1758 au fort Carillon; 1759 aux forts Saint-Frédéric, Carillon [Ticonderoga] et Isle-aux-noix (Lacoursière et Vaugeopis 1978, 142, 165 et 171-73). En régime britannique : 1775 aux forts Ticonderoga, Isle-aux-Noix et Saint-Jean; 1777 à Saratoga; 1812 à Châteauguay ( ibid., 229-30). C'est à se demander si l'axe français Manhatte-Hochelaga pouvait tenir et avoir un sens.

Les défenseurs de Saint-Jean durent capituler devant Richard Montgomery. Foucher fut relâché en raison de son âge; les autres furent emprisonnés à Boston. On en retient quelques noms, outre Foucher et Williams : Jean André, René-Amable Boucher de Boucherville, Louis et Luc de Chaptes de La Corne, Alain Chartier de Lotbinière, Antoine Juchereau Duchesnay de Fossambault, Hertel de Rouville fils, Joseph-Hyppolite Hertel de Saint-François, Georges-Hyppolite Le Comte Dupré, Dominique-Emmanuel Lemoyne de Longueuil, Samuel Mackay père, François-Marie Picoté de Belestre, Charles-Roch Quinson de Saint-Ours et Louis-Antoine d'Irumberry de Salaberry (8). André, Lacorne, Lotbinière et Mackay devaient rejoindre le major-général John Burgoyne au Lac Champlain en 1777; ils furent rejoints par Pierre-Amable de Bonne de Missègle (9).

Bonne, fils adoptif du seigneur Lemoyne de Longueuil, fut en effet sous-lieutenant en 1777 dans l'armée de Burgoyne et il fut, à la suite de la défaite à Saratoga, retenu onze mois dans la prison des officiers à Bristol, un faubourg de Philadelphie. Alain Chartier de Lotbinière y fut retenu aussi, de même que le seigneur de Fossambault et Picoté de Belestre (Vaugeois 1992, 94 et 141-42). Bonne doit peut-être à ses mois de prison son apprentissage du théâtre; qu'on en juge par la description des activités théâtrales des prisonniers qui est donnée par le biographe du major André :

 

Durant toute la guerre, la distraction favorite de l'armée britannique était le théâtre amateur. En 1779-1780 les prisonniers de Saratoga, détenus à Charlottesville, construisirent leur propre théâtre. À Philadelphie, les officiers royaux eurent plus de chance et en trouvèrent un à leur disposition. Dans la partie sud de South Street (de façon à se trouver en dehors des limites de la ville où on s'opposait au théâtre), près de la 4e avenue, se trouvait un bâtiment de bois immense, affreux et en mauvais état, la troisième des salles qui aient été ouvertes à l'intérieur ou à l'extérieur du périmètre de Philadelphie. Il avait été construit en 1760 et se trouvait depuis longtemps à l'abandon [à cause des interdits des temps de guerre. Jean André et Olivier de Lancy se mirent à l'oeuvre pour préparer la scène et les décors nécessaires. La rapidité d'André au pinceau était bien connue. Pour l'occasion il obtint des effets qui auraient pu se comparer aux travaux de Hogarth, de Loutherbourg ou même de Stanfield.

Le 24 décembre 1777, les préparatifs étaient suffisamment avancés pour décider de la pièce qui devait être la première à l'affiche. Le 14 janvier, pour le bénéfice des veuves et des orphelins, on présenta les comédies No One's Enemy but his Own et The Deuce is in Him. Les rôles étaient tenus par des officiers de l'armée et de la marine. La salle s'ouvrait pour toute une saison (Winthrop 1871, 152-55)(10).

La saison théâtrale de Bristol allait comprendre quatre versions d'oeuvres françaises que Bonne et ses compatriotes purent voir ou même contribuer à interpréter : The Citizen, traduction d'Arthur Murphy pour la Fausse Agnès ou le Poète campagnard de Destouches; The Inconstant, tiré de l'Inconstant, canevas de la Comédie-Italienne de Paris; The Liar, d'après le Menteur de Pierre Corneille; The Mock Doctor, ballet-drame en un acte d'Henry Fielding à partir du Médecin malgré lui de Molière (Waldo 1942, 105-06 et 142) (11). De ce théâtre de garnison de l'époque il existe une autre description :

 

Plusieurs épouses de soldats se rendaient utiles aux officiers sur la scène. Elles et les officiers se tenaient dans les parages du théâtre toute la journée. Quand venait l'heure de la répétition, on se précipitait dans la cour près de l'entrée des artistes.

Le major André était très actif, sautant partout et ne perdant jamais sa bonne humeur. On n'en parlait pas comme d'un bon acteur, mais on disait volontiers du capitaine de Lancy qu'il était un acteur et un peintre d'une très grande supériorité. Les textes étaient très rares. Les officiers avaient l'habitude de s'asseoir en rond autour d'une table sur la scène, tâchant de transcrire leur rôle à partir d'un seul texte. Une personne prenait le texte un moment, ensuite une autre l'attrapait pour une minute, et ainsi de suite (C. Durang 1854-55, c. XII, 23 juillet 1854).

Si on doute des intérêts auxquels répondait le théâtre de garnison, qu'on songe que l'armée britannique, en rentrant de sa victoire sur Montréal en 1760, s'est offert à Albany deux représentations théâtrales, The Beaux' Stratagem et The Recruiting Officer, interprétées par des officiers. Le pasteur néerlandais Theodorus Freylinghausen, qui prôna à ses fidèles de ne pas s'y présenter, trouva à sa porte des chaussures et un bâton de marche. Il comprit le message, prit le premier bateau pour la Hollande et passa par dessus bord au cours du voyage sans qu'on puisse établir si c'était par accident ou par désespoir. L'historien américain qui rapporte l'événement se préoccupe surtout de l'amertume de la seconde partie de l'anecdote (12). Un Québécois trouvera sans doute aussi amer d'apprendre que des festivités théâtrales ont célébré la défaite française, si tôt et si près.

Le dossier de Jean André, décorateur et topographe professionnel (P. Lambert et Steward 1992, 39), est assez particulier. Né à Londres en 1750, d'un père suisse et calviniste francophone (13) et d'une mère huguenote d'origine française du nom de Girardot, il était arrivé à Québec avec Carleton en septembre 1774 ou un peu avant lui. Il fut envoyé à Philadelphie où le Congrès était réuni; il s'y trouvait à la fin de septembre de la même année. Il était également au fort Saint-Jean en 1775. Dans la confusion qui avait amené certains de ses anciens amis de Londres, comme Montgomery, à passer de la Couronne britannique au Congrès américain, il fit mine d'endosser les positions du Congrès mais suivit plutôt la voie de Benedict Arnold. Il tentait un second retour au fort Saint-Jean quand il se fit arrêter près d'Albany en possession de documents secrets. Il fut jugé par la cour martiale américaine et exécuté en 1780. Londres réclama sa dépouille et lui fit des funérailles de héros. Il fut inhumé dans la cathédrale de Westminster (Winthrop 1871, 1-7, 44-45, 152-59, 348).

Ses décors de 1778 pour Meschinanza, un pageant écrit par le général John Burgoyne (14) en l'honneur de Lord Howe rappelé en Angleterre (Lacy 1990, 17), sont restés célèbres. Certains historiens américains le considèrent comme le premier créateur de "pageant" en Amérique (Bordman 1987, 20). Son histoire a fait l'objet de plusieurs mélodrames, dont deux par William Dunlap et un par Clyde Fitch. Il n'a pas laissé de traces comme décorateur au Québec, mais de tous les décorateurs qui y ont vécu, il est probablement le plus politiquement célèbre et le plus controversé (15).


3. Les Jeunes Messieurs Canadiens : une jonction sud-nord.

NOTES:

(1)
"L'unité, qui reçut le nom de Royal American (60e d'infanterie) fut officiellement reconnue en mars 1756" ( DBC, vol. V, 977). C'est précisément le "60th Regiment, Royal American Grenadiers" qui est cité pour la collaboration de ses musiciens aux spectacles de John Durang (J. Durang 1966, 68).

(2)
On attribue à Jean (John) Montrésor, officier britannique arrivé en Amérique en 1754 et ayant participé avec Wolfe au siège de Québec, les plans des redoutes du fort Niagara en 1771; voir gravures et commentaires dans Paul Fortier, "Des oeuvres bien pensées et fonctionnelles : l'architecture militaire britannique et georgienne au Canada", l'Archiviste, septembre-octobre 1990, p. 2-3.

(3)
Au fort Saint-Jean, Williams participa avec André aux pourparlers de reddition : "Ce matin Mr Williams est allé au camp ennemi avec des propositions de capitulation et est revenu trois heures après. Nous ignorons la résussite de son voyage, ce qu'il y a de certain c'est que M. André, lieutenant du 7e Régiment, est allé à la barque ennemie avec une passe de Mr Montgomery" (Foucher 1775, 210; voir BRH, vol. XV, 108-09; André [1775] 1917, 26; Massicotte 1932, 113-14). Foucher laisse planer des soupçons sur le double jeu d'André qui fera mine de passer aux Américans et sera exécuté par eux pour haute trahison.

Quant à Thomas, il y a lieu de croire qu'il s'agit de James Thomas de l'Artillerie Royale, dont le rapport d'André nous apprend qu'il fut tué au Fort Saint-Jean, le 10 octobre 1775; il combattait sous les ordres de Williams. Il ne peut s'agir du sergent François Thomas dit Tranchemontagne, né à Rouen en 1706, qui se trouvait en poste fort de Trois-Rivières en mai 1734 (son mariage) où il demeura jusqu'à son décès en octobre 1763. L'avocat-juge Charles Thomas, en qui certains ont cru voir l'acteur de 1774 (BRH, vol. XLV, no 8, p.249; Burger 1974, 133), n'est arrivé au pays, avec le régiment de Brunswick, qu'en 1776, année marquant également l'arrivée du major-général John Thomas (BRH, vol. XXXVIII, 167); c'est bien Charles, cependant, devenu seigneur, qui signe "Squire Thomas" sur une requête de Pierre-Amable de Bonne en 1799 (La Gazette de Québec, 25 juillet 1799, p.3).

(4)
Le baron Dominique Emmanuel Lemoyne de Longueuil était fils de Charles Lemoyne, seigneur de Longueuil, à qui Louis XIV avait conféré le titre de baron en janvier 1700. Dominique Emmanuel épousa en 1770 Louise Prud'homme, veuve du capitaine Louis de Bonne de Missègle, seigneur du Sault Sainte-Marie, qui était décédé des suites d'une blessure subie à la bataille de Sainte-Foy en 1760. Ce dernier laissait un fils, Pierre Amable de Missègle, né en 1758, dont il est ici question à propos de la société des Jeunes Messieurs Canadiens. En vue de la bataille du Fort de Saint-Jean, le baron de Longueuil leva un régiment, les "Royal Canadian Volunteers", dont firent notamment partie plusieurs seigneurs de la région de Montréal.

(5)
Foucher fait deux fois mention de Jordan sur des reçus datés de septembre 1774 et septembre 1776. Ce dernier obtint d'importants contrats de fournitures militaires, dont ceux de l'expédition de Burgoyne. Il obtint en 1776 le poste de trésorier payeur général adjoint et devint banquier. Il acheta la seigneurie de Terrebonne de Pierre Margane de Lavaltrie en 1784. Il fut élu député au Parlement de 1792 où il refusa le poste de président de l'Assemblée. Marié en 1767 à Ann Livingston, il s'est remarié en 1792 à une francophone, Marie-Anne Raby. Voir DBC, vol. IV, 434-436; BRH, vol. XXIII, 375; Vaugeois 1992, 123 et 130.

(6)
Tison est mentionné au second terrier de Montréal en 1763 pour une propriété de la rue Saint-François-Xavier vendue en 1796 (lot 176). Sa fille Marie-Anne épousa Fleury Mesplet en 1790 ( BRH, vol. XXIII, 373-76).

(7)
Alainville, Beaujeu, Lacolle, Lagauchetière, Livaudière et Ramezay-la-Gesse dans New York, Pancalon sur l'Île Lamothe, Daneau-de-Muy, Foucault, Hocquart, La Moineaudière, La Pécaudière, La Perrière, Roquebert de La Morandière et Saint-Armand au Vermont. Liénard de Beaujeu en 1755 et Alain Chartier de Lotbinière en 1758 ne couraient pas de minces risques en fondant Beaujeu et Alainville, si tard et si près du fort Orange. Il faut dire que les Français situaient la frontière à la ligne de partage des eaux, près du lac Saint-Sacrement, alors que les cartes néerlandaises la situaient au fleuve Saint-Laurent, des grands lacs jusqu'à Hochelaga.

(8)
Listes partielles et complémentaires : André [1775] 1917, 14-21; Foucher 1775, 212; également BRH, vol. XII, 315-17; RAPQ, 1947, 31-33. Vue du fort en 1784 d'après James Peachy dans Vaugeois 1992, 25.

(9)
Né à Montréal le 25 novembre 1758. Il devint avocat en 1780 et signa en 1784, avec son beau-frère Alain Chartier de Lotbinière, son père adoptif le baron Dominique-Emmanuel Lemoyne de Longueuil et René-Amable Boucher de Boucherville, un manifeste contre-réformiste dont le sujet fut débattu à Londres en 1788, et les mit en opposition avec Carleton. Leur fidélité à Burgoyne à qui Londres avait confié des pouvoirs militaires retirés à Carleton n'avait sûrement pas aidé à les rapprocher. Carleton avait échoué une première fois en 1774 dans sa tentative de remplacer le Code français par la Common Law et les clercs catholiques par des clercs calvinistes ou huguenots qui, tout en étant francophones, avaient une formation en droit britannique et ne voyaient pas d'objection à prêter le Serment du Test. D'où la réaction initiale de Bonne qui fut souvent pris à partie, jusque sur scène (Doucet, p. 89-90). Il fut député au premier Parlement de Québec de 1792 à 1810. Il devint également en 1794 juge de la Cour des plaids communs, juge de la Cour du banc du roi, puis membre du Conseil exécutif. Voir BRH, vol. L, p. 24; DBC, vol. V, 253-259; Vaugeois 1992, 120-21 et 152-53.

(10)
Voir McNamara 1969, 71. Winthrop tient probablement l'information de Charles Durang: "With that love for the fine arts, that seems to be the leading characteristic of well bred military men of all nations, the British officers took possession of the old South street theatre, furbished it up, and gave a series of dramatic representations in it [...]. Thus did these gay chevaliers resolve themselves into a corps dramatique. There were several artists among them [...]. Major Andre was very talented in drawing and painting [...]. Captain Delancy was also a very excellent artist. They added some very useful and beautiful scenes to the old stock. One scene from the brush of Andre [...] was a landscape, presenting a distant Champagne country" (C. Durang 1854-55, c. X, 9 juillet 1854>.

(11)
Les autres pièces de la saison par lesquelles Belestre, Bonne, Lotbinière, Fossambault, Lacorne et Mackay furent initiés au théâtre furent A Trip to Scotland, Constant Couple, Douglas, Duke and No Duke, King Henry IV, Lethe or AEsop in the shades, The Minor et The Wonder. Noter que René-Louis Chartier, seigneur de Lotbinière, arrière-grand-père d'Alain, avait participé comme comédien à la Réception de Monseigneur le Vicomte d'Argenson, le 28 juillet 1658, au temps où il était étudiant au Collège des Jésuites de Québec (Roy, 1890, p. 8); la famille en connaissait l'histoire puisqu'elle a conservé sa copie de la Réception et son poème épique sur l'expédition du gouverneur Daniel Rémy de Courcelle en pays mohawk, en janvier-mars 1666; les Français s'étaient rendus au fort Orange, découvrant sur place que ses habitants néerlandais vivaient depuis un an sous domination anglaise ( BRH, vol. XXIII, no 5, p. 257-82). Alain a d'ailleurs fondé la seigneurie d'Alainville sur les lieux de la déroute de René-Louis; il est même resté un an dans l'État de New York après son emprisonnement pour tenter, sans y parvenir, de la conserver ou de se faire dédommager.

(12)
Phelps, qui raconte ce fait (1890, 16-18), cite les Memoirs of an American Lady d'Ann Grant ([1808] 1876, 198-204).

(13)
Il y a peut-être un lien entre le père du scénographe Jean André et cet autre scénographe Jean André, né en 1662, à qui on doit une fresque de l'Opéra de Paris achevée en 1733, l'Empire de l'amour. Ce dernier avait étudié à Rome auprès de Carlo Maratti et fit partie de l'école de G. N. Servandoni en France (Lacy 1990, 17).

(14)
Né dans le Bedfordshire en 1722. Il acheta une commission de lieutenant dans l'armée britannique mais la revendit et partit en 1747 pour la France où il vécut quelques années. Il racheta des commissions de capitaine en 1756 et de lieutenant-colonel l'année suivante, participant à des raids sur la côte française. Il s'embarqua pour Québec en mars 1776 afin de défendre Carleton assiégé par Arnold, rentra à Londres en novembre pour revenir à Québec en mai 1777 avec mission de prendre Albany avec Barrymore Matthew Saint-Léger. Il regroupa l'armée au fort Saint-Jean, prit le fort Ticonderoga mais fut défait à Saratoga le 17 octobre. Il passa l'hiver en résidence surveillée à Albany et à Boston, son armée étant détenue à Charlottesville en Virginie et les officiers à Bristol (faubourg de Philadelphie). Il avait monté avec sa garnison Zara, une adaptation du Zaïre de Voltaire, au Faneuil Hall de Boston en novembre 1775 alors qu'il tenait la ville. Sa pièce Meschinanza fut produite par les Howe's Thespians de l'armée britannique en janvier 1778 ( Massachusets Gazette and Boston Weekly News-Letter, 30 novembre et 14 décembre 1775; Waldo 1942, 123 et 126).

(15)
Son assistant de Philadelphie, le capitaine Olivier de Lancy, devint général de l'armée britannique; on lui doit d'autres décors, notamment ceux de Tom Thumb à New York en 1777, ceux de Wild Oats et de Catherine and Petruchio en 1813 au théâtre de Kingston en Jamaïque (Lacy 1990, 171).


Mise à jour le 19 avril 2008
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