Les Jeunes Messieurs Canadiens : une jonction sud-nord
Par André G. Bourassa. Soutien multimédia, François Bourassa.


En 1780, le gouverneur Haldimand accorda au brigadier-général Allan MacLean de Montréal ( DBC, vol. IV, 543-44) le droit d'installer une troupe, les "Jeunes Messieurs Canadiens", dans le vestibule - ou narthex - de l'église abandonnée des Jésuites pour y monter les Fourberies de Scapin(Massicotte 1933, 5). Cette troupe réunissait des jeunes gens qui faisaient pour quelques-uns partie de la milice urbaine ou de l'armée et avaient pour la plupart en commun d'arriver de l'étranger. Ils s'incorporèrent comme "théâtre de société" le 11 novembre 1789. Sur la question de la culture française, ils partagent les mêmes positions défensives, qu'il s'agisse de langue ou de lois. Leur histoire est importante pour comprendre comment s'est régénérée notre résistance.

Leur directeur était le capitaine Joseph Quesnel, de France. Son navire avait été arraisonné par les Britanniques en 1779 ( BRH, vol. V, 770-73) pendant qu'il faisait voile de Saint-Malo à New York chargé d'armes pour l'armée révolutionnaire américaine. Écrivain et musicien, Quesnel composa en 1789 le premier opéra au Canada (1), Colas et Colinette, créé à Montréal en le 14 janvier 1790 et édité à Québec en 1808. Sa troupe offrit aussi Jérôme Pointu de Beaunoir et les Folies amoureuses de Jean-François Régnard le 4 février, puis le Légataire universel du même Régnard et Colas et Colinette le 9 du même mois ( la Gazette de Montréal, 11 février 1790). Ses expériences des années 1780 lui valurent la collaboration de plusieurs comédiens et musiciens; les premiers qui nous soient connus sont Joseph-François Perrault et Pierre-Louis Panet.

Joseph-François Perrault, né au Québec en 1759, vivait depuis 1772 auprès de son père et son oncle à la Nouvelle-Orléans, à Saint-Louis puis au Détroit. Revenu au Québec et inscrit comme clerc de l'avocat Pierre Mézières en 1790, il ne peut terminer son stage à cause du décès de Mézières et se voit empêché de devenir notaire pour autant. Il est toutefois nommé protonotaire en 1795. On lui doit des ouvrages sur le droit britannique dont le premier fut publié par Mesplet. Il est député de Huntingdon de 1796 à 1804 (2). Ses premières (més)aventures théâtrales sont révélées dans sa correspondance avec son cousin Perrault L'Aîné, en 1781 :

 

On propose une diversité de plaisirs considérable pour ce Carnaval; les bals, les Comédies, les tragédies sont en chantier. On doit donner la première représentation immédiatement après les Rois. Tu devrais bien venir prendre ta part de tant de divertissements et venir à la comédie de Grégoire & des fourberies de Scapin. Quoique l'on est défiguré un peu ce dernier en lui ôtant les personnages de femme, il ne laissera pas d'être fort amusant. Chose que l'on a été contrait de faire pour ne pas s'attirer les sensures de l'Église par le mélange des différents sexes; tu crois peut-être que j'ai pris quelque roles; point du tout. Je n'ai pu me résoudre, malgré tout le plaisir que j'ai de voir faire toutes ces choses (3).

À quoi Perrault L'Aîné, qui connaît manifestement la comédie française, répond avec un mélange d'humour et de nostalgie :

 

Nous n'aurons qu'un bal Publique tous les quinze jours à Québec, avec un concert. Vous vous élevez à Montréal a des plaisirs plus nobles, la Comédie & la tragédie! Certes, c'est Dommage que l'Église de Montréal soit si peu tolérante pour les Personnes du sexe. Je crois que c'est cette extraction ecclésiastique qui t'a éloigné de prendre un rôle; tu aimes le mélange des sexes & tu ne veux point défigurer les enfants comiques du célèbre Molière (4).

Pierre-Louis Panet est né à Montréal en 1761. Il devient avocat en 1779, notaire en 1780, seigneur d'Argenteuil de 1781 à 1800, et juge en 1795 (5). Il devient célèbre par sa nomination au premier Conseil exécutif du Bas-Canada, de 1791 jusqu'à sa mort en 1812, et par ses élections aux parlements de 1792 et de 1800 (Vaugeois 1992, 116 et 142). Sa culture théâtrale est soulignée par un article de la Gazette de Québec révélant que sa bibliothèque comprend 600 volumes, avec cette précision qu'il s'y trouve des pièces de théâtre (23 juillet 1778, p. 4). C'est une lettre que Joseph Quesnel lui fait parvenir le 9 février 1784 à Québec qui fait part de sa participation aux activités des Jeunes Messieurs : "La comédie serait pour moi comme elle est pour vous le plus agréable amusement, pour la voir rétablir ici nous attendons votre retour". Panet, qui s'accommode fort bien, comme son père et comme Foucher, de la double fonction d'avocat-notaire, ne s'entend pas là-dessus avec Bonne et Chartier de Lotbinière et tente d'empêcher ce dernier d'aller réclamer en Angleterre qu'on restaure le droit civil. Il semble ne reprendre du service au théâtre qu'à titre d'organisateur, lorsque les Jeunes Messieurs entreprennent en 1791 de donner des représentations à Québec. Il revient s'installer à Montréal, en 1796, et occupe, à côté du château de Ramezay, une maison qu'il revend à Andrew McGill.

Les sociétaires des Jeunes Messieurs qui sont connus, outre Bonne, Perrault, Panet et Quesnel, sont deux musiciens et décorateurs professionnels, Jean-Louis Foureur dit Champagne (6) et Louis Dulongpré, l'imprimeur et journaliste Jacques-Clément Herse, l'officier François Vassal de Monviel, le notaire Jean-Guillaume De Lisle et l'avocat François-Roch Rolland (7).

Jean-Guillaume De Lisle était fils de Jean De Lisle de la Cailleterie, de Nantes, qui était du nombre des réfugiés huguenots de New York où Jean-Guillaume est né en 1757. Installé à Québec en 1764, le père reçut une commission de notaire et d'arpenteur signée de Carleton en 1768, au temps où le Serment du Test était de rigueur, et il fut au rang des délégués chargés de présenter à Londres en 1783 la supplique concernant le droit canadien. Il se fit élire député au Parlement de 1792. Le fils fut instruit au Collège Saint-Raphaël qu'il contribua ensuite à réformer; il obtint une commission de notaire à Montréal en 1787 et dans toute la province en 1792(8).

Louis Dulongpré, qui est né à Paris le 16 avril 1759, est venu en Amérique avec l'escadron du vice-amiral Jean-Baptiste comte d'Estaing en 1778. L'escadron, qui fut attaqué par les Britanniques devant Newport (R.I.), détourna son cours vers les Antilles, d'où Dulongpré rejoignit les troupes du Comte de Rochambeau aux États-Unis; il travaillait à Albany quand on lui suggéra de se joindre aux artisans de l'atelier de Louis Foureur dit Champagne (9), ce qu'il fit au plus tard en 1785 puisqu'il est cette année-là parrain de deux des petits-enfants du patron.

Jacques-Clément Herse était un imprimeur français engagé à Philadelphie par Fleury Mesplet en 1776. Ils étaient venus tous deux, avec la délégation de Benjamin Franklin, rejoindre les généraux américains Benedict Arnold et Richard Montgomery qui avaient conquis une partie du Québec en 1775. Après le retrait des Américains, Herse et Mesplet décidèrent de rester (10).

François-Roch Rolland était originaire de la Couharde, sur l'Île de Ré, près de La Rochelle. Il avait vécu à Laprairie, comme officier de l'armée britannique affecté au fort, ou comme négociant de cette ville qui était reliée par traversier à Montréal et par route à Saint-Jean où accostaient les navires de New York et d'Albany (J. Durang 1966, 47-67). Il est cependant désigné comme avocat en 1809, profession qu'il exerce toujours en 1819 (11).

François Vassal de Monviel était fils du chevalier Germain Vassal de Monviel marié à Boucherville en 1758 à Charlotte Boucher de la Bruyère. Il naquit à cet endroit en 1759 et perdit son père en 1760 durant la guerre. Sa mère se remaria à Pierre-René Boucher de la Bruyère, seigneur de Montarville. En 1785, François accomplit un voyage en France pour une question d'héritage et y fit en vain des démarches pour être admis chez les Cadets de Gascogne (12). Il devint officier de l'armée britannique en 1776 et juge de paix en 1813 ( DBC, vol. VII, 957-59).

La troupe des Jeunes Messieurs a fonctionné de façon intermittente durant trente-sept ans, de 1780 à 1817 (Burger 1974, 152), avec régulièrement de nouveaux sociétaires, surtout durant l'année des premières élections législatives où plusieurs des anciens se sont impliqués; il y eut en effet une sollicitation de sociétaires pour la troupe dans la Gazette de Québec, le 16 février 1792. La troupe reçut contre les attaques de partisans du clergé un appui moral courageux de la part de Mesplet (13). Le journal de ce dernier n'hésitait pas à couvrir les polémiques, notamment en 1790, quand le supérieur des Récollets, indigné des pièces de musique interprétées dans sa chapelle pour la Saint-Antoine (13 juin), dénonça Colas et Colinette en chaire et mit les musiciens à la porte, ce qui implique qu'il s'agissait des Jeunes Messieurs Dulongpré, Foureur dit Champagne et Quesnel (14).

Les fonctions officielles des membres fondateurs amenèrent les Jeunes Messieurs à se déplacer vers Québec et à recruter des acteurs plus jeunes comme Charles-Michel d'Irumberry de Salaberry, Michel-Flavien Sauvageau et François Romain. À Québec, ils présentèrent en 1791, dans la Halle des Francs-Maçons, à l'étage de la taverne (15) de John Franks, au 2 rue Buade, à l'enseigne du Chien d'or, le Malade imaginaire et l'Avare de Molière ainsi que le Barbier de Séville de Beaumarchais (Massicotte 1928, 41-42; Trépanier 1968, 81). En 1792, c'est dans la casemate de la porte Saint-Louis, aménagée par le prince royal Edward, qu'on donna, en présence de nombreux dignitaires, le Médecin malgré lui et la Comtesse d'Escarbagnas de Molière de même qu'un Arlequin sauvage de Louis-François Delisle de la Drevetière (Burger 1974, 135; Robertson 1911, 77).

Pour les saisons suivantes, 1792-1796, alors que se sont joints les nouveaux sociétaires Lelièvre, Montmolin, Mountain et Ménard (Burger 1974, 165), la troupe logea dans la salle du marchand Alexandre Menut (16), au 19 de la rue Saint-Jean, et y offrit plusieurs productions dans des décors de François Baillargé : le Bourgeois gentilhomme, George Dandin et les Précieuse ridicules de Molière, une comédie, l'Avocat Patelin de Brueys et Palaprat, parue à Londres en 1785, ainsi que des reprises (Hare 1976, 70-72). Le statut social acquis par les fondateurs - ils devinrent conseiller législatif, député, seigneur, juge, avocat, notaire, protonotaire - a énormément contribué à recruter des adeptes et obtenir le respect pour le théâtre français, et ce même si on leur a parfois reproché de jouer pour ainsi dire à guichet fermé devant un auditoire restreint de nobles et de riches (17).

La troupe reçut une "apology" de John Neilson, éditeur de la Gazette de Québec(21 mars 1805), qui prônait en leur faveur la construction d'une plus grande salle. Elle en reçut une autre de la part de Thomas Carey, acteur, avocat et poète, fondateur du Quebec Mercury, journal britannisant imprimé chez l'Imprimeur du roi Pierre-Édouard Desbarats ( BRH, vol. VI, 134-36). Les Jeunes Messieurs, dont faisaient désormais partie Christie, B. Écuyer, Thomas Lees fils, François Perrault fils et Thomas Voyer, reprirent Colas et Colinette le 31 janvier 1805 (Burger 1974, 157-58; Hare 1976, 73), sous la direction de Romain, et jouèrent jusqu'en 1808 au Théâtre de la rue des Jardins, en haut de la taverne Armstrong (18). On ouvrit aussi à Montréal un Nouveau Théâtre, salle de 600 places aménagée de façon classique, avec parterre, loges et balcons (J. Lambert 1810, vol. I, 523), dans un bâtiment qui était propriété d'Augustin Cuvillier en mars 1803, rue Saint-Sacrement (19), près des résidences des premiers sociétaires des Jeunes Messieurs. Ce théâtre fut loué à des comédiens de Boston en 1807, offert en location par Cuvillier dans les journaux de 1812. Il était enregistré aux noms des dames Cuvillier et Perrault (20) en 1818, ce qui implique un ralentissement des activités des Jeunes Messieurs à Montréal à compter de 1807 (21); leur dernière saison se termine le 16 mai 1817 avec le Fanatisme ou Mahomet le prophète de Voltaire ( la Gazette de Montréal, 11 mai 1817, p. 3).


4. Des troupes qui passent, d'autres qui demeurent.


NOTES:

(1)
On prétend parfois que c'est le premier en Amérique du Nord, mais Royall Tyler fit produire son opéra May Day in Town, or New York in an Uproar en 1787 (Odell [1927] 1970, vol. I, 259).

(2)
Il tint des positions courageuses sur l'enseignement obligatoire; il ouvrit même sa propre école. Il fonda la loge des Frères Canadiens à Québec en 1816 et occupa trois postes dans la Grande Loge Provinciale du Bas-Canada, dont celui de grand-maître en 1820 ( BRH, vol. VII, 273 et 365; DBC, vol. VII, 744-47).

(3)
Montréal, 13 décembre 1781; Archives publiques d'Ottawa, no 3325 (Leland 1958-59, 72).

(4)
Archives publiques d'Ottawa, no 3326 (Leland 1958-59, 72-73).

(5)
Son père, Pierre Panet de Méru, exerça lui-même à Montréal les fonctions de notaire (1754), d'avocat (1768) et de juge (1778). Ce dernier, né à Paris en 1731, fils de Jean-Nicolas Panet et Françoise Foucher, était venu en Nouvelle-France en 1746 rejoindre son frère Jean-Claude, notaire à Québec ( DBC, 717-721). Il était peut-être apparenté par sa mère au notaire et avocat Antoine Foucher.

(6)
Foureur dit Champagne est né en août 1745. Son père, Louis, décédé en avril 1789, est connu pour avoir construit la chapelle des Récollets en 1759 et avoir été titulaire des orgues de Notre-Dame à compter de 1760. On lui doit certains retables ( DBC, vol. IV, 293). Le fils avait remplaçé le père à l'orgue mais il fut remercié le 25 novembre 1789 pour avoir joué chez les Jeunes Messieurs : "il vouloit professer deux métiers incompatibles" (Brassier 1969). On le rengagea jusqu'en 1792 mais en temps partagé avec le musicien Guillaume Moreau Mechtler venu avec la troupe Allen & Moore mais ayant depuis, déclara-t-il publiquement, "complètement abandonné le théâtre" ( la Gazette de Québec, 12 juillet 1787; voir BRH, vol. XXV, p. 245; DBC, vol. VI, 550).

(7)
Burger 1974, 155-156. Une lettre du grand-vicaire de Montréal à son évêque en novembre 1789 nomme quelques acteurs : "Monsieur Dézéri, dont vous connoissez le zèle, ayant appris qu'un certain nombre de gens oisifs de la ville se sont décidés a faire une souscription pour représenter des comédies la nuit, où il y a des hommes et garçons habillés en femmes et filles, ces spectacles doivent dit-on durer tout l'hyver, Mr le Curé a cru devoir représenter dans un sermon a son auditoire combien ces assemblées étoient dangereuses, et toujours prohibées par l'Église; il a peut-être passé les bornes et la modération en disant qu'on refuseroit les sacrements à ceux qui y auroient assisté, les prêtres ne pouvant les absoudre, et ce qu'il y avoit de plus scandaleux, est que les plus considérés et les plus notables de la ville, avoient été les premiers a souscrire, et par leur exemple avoient entraîné les autres. En conséquence, à l'isçu de la grande Messe Messieurs Debonne, Delisle le jeune secrétaire de la fabrique, Quenelle marchand, Vassal de Boucherville, et un nommé Herse, acteurs, sont venus trouver Mr le Curé pour l'invectiver et blâmer sa conduite" (Gabriel-Jean Brassier, Archives de la chancellerie de Montréal, 901.02; 789-6; résumé dans RAPQ 1947, 114).

(8)
Il a été intronisé Maître de l'ordre maçonnique des Frères du Canada en 1790. Voir Massicotte 1928, p. 44; DBC, vol. V, 265-67; BRH, vol. XXV, 175-178; Trépanier 1968, 26.

(9)
L'atelier se trouvait depuis 1744 sur Notre-Dame, face aux Récollets. Dulongpré ouvrit en 1887 une école de danse, de musique et de théâtre. Ce fut d'abord au 24 rue Saint-Paul puis dans le Faubourg Québec - rue Campeau, aujourd'hui Saint-André, entre Viger et Lagauchetière, côté est - où il bâtit une scène et peignit des décors pour les Jeunes Messieurs( DBC, vol. VII, 276-78; BRH, vol. XXVI, 149). On lui doit des portraits, dont deux des Jeunes Messieurs : celui de Perrault (Casgrain 1898, 2) et le sien (Derome, Bourassa et Chagnon, 50).

(10)
Ils s'adjoignirent Alexandre Pochard, autre Français de Philadelphie. Herse occupe une fonction de procureur en 1785 et celle de garde des sceaux de l'ordre maçonnique des Frères du Canada en 1790. Voir De Lagrave 1985, 65; DBC, vol. V, 577; BRH, vol. XXX, 219 et 239, et vol. XXXV, 220.

(11)
Voir son acte de mariage à Angélique Boisseau, "fille du Sieur Nicolas Gaspart Boisseau, Écuyer, Greffier de la Cour des Plaidoyers Communs et dépositaire des archives du District de Québec, et de Dame Thérèse Couillard" et nièce du Seigneur des Milles-Iles, Eustache Lambert Dumont qui, avec son fils, lui servit de témoin (Saint-Eustache, 9 août 1779, avec bans à Laprairie et à Saint-Eustache). Rolland a sûrement contribué à véhiculer les idées réformistes de Perrault à Saint-Eustache; chose certaine, Dumont fils patronna l'ouverture d'une école privée pour jeunes filles qui, notamment, offrit des représentations théâtrales en 1821 et en 1827 (Burger 1974, 65-66). Il a signé avec De Lisle et Quesnel une requête pour un bureau de douanes à Montréal ( la Gazette de Québec, 28 octobre 1790). Il achète un lot devant l'église des Jésuites le 25 août 1809 (2e terrier, lot no 318 et 318a), au 6, rue Notre-Dame ( Montreal Directory, 1819).

(12)
France, Archives de la Marine, série 7, personnel individuel; ANQ, microfilm 4901.

(13)
Il faut dire que Mesplet a plusieurs liens avec eux : son associé fait partie de la troupe depuis 1789, il a publié les premiers ouvrages de Perrault en 1789 et 1791 et il a épousé la fille d'un décorateur en 1790 (Laflamme et Tourangeau 1979, 79-96; La Gazette de Montréal, 3, 10, 17, 31 décembre 1789; 14, 21 janvier; 4, 11, 25 février 1790).

(14)
La Gazette de Montréal, 24 juin, 1er et 8 juillet 1790. Quesnel a composé quelques vers sur un semblable incident survenu à la Noël : "On traita de folâtre // Ma musique, dit-on, faite pour le Théâtre, // L'un se plaint qu'à l'Église il a presque dansé, // L'autre dit que l'Auteur devroit être chassé" (cité dans Laflamme et Tourangeau 1979, 91).

(15)
Une taverne était censée tenir du club chic. John Lambert, un voyageur londonien, vit les choses de haut : "Les seules tavernes ou hôtels de Québec qui se respectent vraiment sont l'Hôtel Union, sur la Parade, près du château du gouverneur, et Sturch's, sur la rue Saint-Jean. L'Hôtel Union, autrefois tenu par un officier à demi-solde du nom de Holmes qui est maintenant propriétaire de l'Hôtel Hamilton de Montréal, a été construit grâce à une souscription levée par les principaux marchands et habitants de Québec. La maison ne comprend en tout que quatre grandes pièces. Au rez-de-chaussée se trouve un café, beaucoup trop grand pour le groupe qui le fréquente, et deux salles à manger. La quatrième pièce est au-dessus des autres et a été aménagée en salle de bal : elle peut contenir un bon orchestre et tout ce qui est nécessaire pour les assemblées et les concerts qui s'y tiennent l'hiver" (J. Lambert 1810, vol. I, 23-25).

(16)
Menut n'était pas né en territoire anciennement ou nouvellement britannique puisqu'il fut considéré comme non éligible aux élections de 1792 (Vaugeois 1892, 129).

(17)
Les recrues ne manquaient pas. Un comité s'est réuni en 1802 chez Pierre-Louis Panet pour voir au financement de la compagnie avec une mise de fonds divisée à parts égales entre les nouveaux sociétaires Carron, Delamarre, Denéchau, Duberger, Lehouillier, Romain, Salaberry et Sauvageau (Burger 1974, 139). On put alors aménager dans la côte de la Canoterie, près de la porte Hope, le petit Patagonian Theatre de 220 places ( BRH, vol. XLII, 300-03) où on présenta en 1804-1805 le Mariage forcéet les Plaideurs, sans compter trois reprises (Burger 1974, 354; Hare 1976, 73).

(18)
Il faut lire ce que dit Lambert sur ce lieu : "Il y a à Québec un édifice auquel on pourrait donner le nom de théâtre, mais les gens qui y jouent, ou plutôt tentent d'y jouer, sont aussi mauvais que les pires de nos acteurs itinérants. Il y a parfois des officiers militaires qui prêtent assistance à la compagnie, mais je n'en ai vu aucun, sauf le colonel Pye et le capitaine Clarke du 49e, qui n'aient pas étranglé les plus belles scènes de nos poètes dramatiques. On peut facilement s'imaginer à quel niveau les représentations théâtrales canadiennes sont descendues quand on sait que ce sont des garçons qui sont obligés de jouer les rôles de femmes : la seule actrice étant une demi-mondaine surannée dont les Belvidère, Desdémone et Isabelle soûles ravissent l'auditoire canadien. Si on pouvait trouver quelques femmes de théâtre et reléguer madame R., notre actrice spiritueuse, à l'emploi de moucheuse de chandelles, la compagnie pourrait atteindre un niveau tolérable, mais je doute beaucoup que les habitants soient enclins à dépenser assez d'argent en spectacles dramatiques pour qu'on recueille de quoi soutenir une compagnie durant un certain temps" (J. Lambert 1810, vol. I, p. 300-04). On a dit que la dame "R." en question était canadienne-française (Doucet 1984, 81); il s'agit en réalité de madame Robinson, du New Theatre, qui est Desdémone dans Othello le 27 mai, Gertrude dans Hamlet le 2 juin et Isabelle dans Revenge le 7 juillet 1808.

(19)
Lors du recensement de 1781, il n'y avait qu'un lot à cet endroit, le 106, s'étendant de la rue Saint-Pierre à la rue Saint-Nicolas : "Les héritiers Laronde Bourassa, Jardin clos en pierres et planches, 1 arpent 1/2, maison de pierre 18' sur 30'" (Brassier 1969, 36; voir également p. 113). Il s'agit sûrement ici des héritiers d'Ignace Bourassa dit Laronde (1729-1779), dont un fils est inscrit au Collège de Montréal, rue du Collège [aujourd'hui Saint-Paul ouest], de 1773 à 1780, et pratique le notariat à Laprairie de 1789 à 1804. Le lot a été subdivisé et c'est sur le 106b, à l'angle sud-ouest de Saint-Nicolas, que se trouve le théâtre de Cuvillier. Les Jeunes Messieurs ont par ailleurs joué à l'Hôtel Hamilton de la rue Saint-Paul durant la saison 1804-1805.

(20)
Marie-Claire Perrault, épouse d'Augustin Cuvillier, et Marie-Anne Tavernier, veuve de Joseph Perrault.

(21)
Le sculpteur François Baillargé tenta de fonder un théâtre à Québec lors de son retour de France; il y oeuvra de décembre 1785 à août 1786, participant en particulier à une production des Fourberies de Scapin. Il peignit pour les Jeunes Messieurs, chez Menut, des coulisses, loges et scènes en décembre 1792 et janvier 1793 et fournit des décors pour un Don Juan en novembre 1795 (Hare 1976, 70). Son père, Jean Baillargé, s'est présenté aux premières élections législatives du Québec en 1792 avec des candidats dont le nom est lié aux Jeunes Messieurs : Nicolas-Gaspard Boisseau, Amable de Bonne, Alain Chartier de Lotbinière, Jean Delisle, Louis-Antoine d'Irumberry de Salaberry, Jacob Jordan, François Malhiot, Pierre-Louis Panet, Jean-François Perrault et Hyppolite Saint-George Dupré. Baillargé, Delisle et Perrault furent défaits (Vaugeois 1992, 6, 112-114, 118 et 124-125). Dulongpré, Menut, Quesnel et Rolland n'étaient pas éligibles. Jacob Mountain fut nommé au Conseil législatif la même année avec trois des anciens combattants et prisonniers du fort Saint-Jean : Chartier de Lotbinière, Lemoyne de Longueuil et Picoté de Belestre. Un quatrième ancien prisonnier, Bonne, les rejoignit en 1794. Thomas Lee père fut candidat aux élection législatives de 1817 ( l'Aurore, 16 août 1817).


Mise à jour le 05 avril 2006
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