pièce avec le sieur Pasquier, l'un des associés commanditaires dudit spectacle, sans le concours des entrepreneurs ni de l'administrateur général seul chargé, avec l'un des directeurs, de la régie du spectacle, qui l'ont vainement sollicité, à plusieurs reprises, de leur livrer sa pièce pour la mettre à la censure, auxquelles sollicitations ledit sieur Lutaine a répondu que l'ouvrage étoit censuré et signé de M. le lieutenant-général de police.
D'après la parole du sieur Lutaine, qui étoit lui-même intéressé plus que personne à voir jouer sa pièce, puisqu'il en retiroit un payement honnête, les directeurs n'ont fait aucune difficulté de faire toutes les dépenses nécessaires, dépenses très-considérables, auxquelles la mise de cet ouvrage a donné lieu, dépenses qui n'ont même pas laissé aux directeurs la liberté de retarder les répétitions que l'on a pressées, non-seulement à cause des sollicitations de l'auteur de la musique, mais par rapport à la certitude que sieur Lutaine avoit donnée aux directeurs que la pièce, qu'il n'a jamais voulu faire voir, étoit censurée.
D'après tout ce qui vient d'être ci-dessus exposé, on a commencé les répétitions particulières de la pièce auxquelles le sieur Lutaine a assisté ; mais le tems des répétitions générales arrivé, l'auteur des paroles, le sieur Lutaine, ne s'est plus présente au théâtre et a laissé annoncer son ouvrage par l'affiche de cejourd'hui 8 de ce mois, et ce n'est qu'à 9 heures 1/2 de ce matin, que ledit sieur Lutaine a averti la direction que sa pièce n'étoit pas censurée comme il l'annonçoit depuis deux mois.
Les directeurs à cette nouvelle ont souffert tout à la fois de l'idée d'avoir mérité des reproches au magistrat pour leur excessive crédulité et des plaintes du public. Dans cette alternative cruelle, ils ont fait appeler le sieur Leblanc, auteur de la musique de cette pièce, qui a répondu que le sieur Lutaine l'avoit trompé lui-même en lui assurant et en l'exposant à assurer à la direction que le Lord et son jockei étoit prêt et qu'on pouvoit l'afficher, mais que cette conduite dudit sieur Lutaine étoit si malhonnête qu'il prioit la direction de lui rendre sa partition qu'il aimoit mieux sacrifier que de la voir servir à l'ouvrage de cet auteur (1).
Dans ces circonstances, les directeurs désespérés de s'être exposés à mériter les justes reproches du magistrat par leur trop grande indulgence envers ledit sieur Lutaine, ont malgré cela recours à sa justice et à son autorité pour obtenir que ledit sieur Lutaine soit obligé de les dédommager des dépenses considérables qu'ils ont été forcés de faire pour mettre sa pièce en exécution sur leur théâtre, etc.
Signé : LEBLANC ; CRESSENT DE BERNAUT ; SIREBEAU.
(Archives des Comm., no 4688.)
(1) Malgré ce conflit entre les directeurs de ce spectacle et Lutaine, ce dernier continua pourtant à travailler pour les petits comédiens du comte de Beaujolais, et en 1789 il leur fit représenter deux pièces : 1o l'Alchimiste, ou la Palingénésie, opéra bouffon en trois actes et en vers, et 2o la Mère indécise, comédie aussi en trois actes et en vers.

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