s'approcha avec sa brigade plus près d'eux et leur dit qu'ils s'entretenoient d'un homme qui ne tiendroit pas longtems l'Opéra-Comique et que ce spectacle ne se soutiendroit pas jusqu'à la moitié de la foire ; que ledit sieur plaignant étoit un gueux, un maraud, un fripon qui avoit volé la défunte dame marquise de Chabannois, que lui sieur Bataille l'avoit conduit à la Bastille (1) et que l'année dernière il l'avoit mis au Châtelet où il devoit retourner bientôt, et autres injures insolentes. Pourquoi et attendu ce que dessus que ledit sieur plaignant à intérêt d'arrêter le cours de discours aussi injurieux contre son honneur et sa réputation qui peuvent lui faire un tort considérable, il a été conseillé de nous rendre la présente plainte.
( Archives des Comm., no 3490.)
II
L'an 1734, le 14 avril, huit heures du soir, nous Michel-Martin Grimperel, etc., ayant été requis, sommes transporté rue de Bussi, en une maison où se tient l'Opéra-Comique, où étant dans le bureau de recette à gauche, y avons trouvé le sieur Pierre Boisset, huissier-priseur audit Châtelet, accompagné de Pierre Hervy, huissier à verge audit Châtelet : lesquels nous ont dit qu'en vertu de deux ordonnances de M. le lieutenant général de police en date des 4 et 24 mars dernier, dont ils nous ont fait apparoir, ils se sont transportés, il y a environ une heure, dans le bureau de recette dudit Opéra-Comique à l'effet de contraindre le sieur Chenu, receveur des deniers dudit Opéra-Comique et autres, de remettre les deniers de sa recette ès mains dudit sieur Boisset comme sequestre, nommé par lesdites ordonnances, pour être lesdits deniers distribués conformément auxdites ordonnances. Mais au lieu par ledit Chenu et autres d'y satisfaire, ils auroient donné avis de ce au sieur Devienne, entrepreneur dudit Opéra, qui à l'instant auroit assemblé et attroupé autour dudit bureau, nombre d'acteurs, actrices, danseurs, danseuses, musiciens et gagistes pour empêcher l'exécution desdites ordonnances. Lesquels particuliers se seroient opposés à la remise desdits deniers par ledit Chenu et auroient fait menace auxdits Boisset et Hervy de les assommer en disant que si ils sortoient avec un sol de la recette, ils alloient les écharper par morceaux. Attendu lequel risque, ils ont été obligés de requérir notre transport à l'effet de nous rendre plainte de ce que dessus. Nous requérant en outre de faire exécuter lesdites ordonnances, et ayant pris communication desdites ordonnances et nous mettant en devoir de les exécuter, il s'est élevé un si grand tumulte et émeute de la part desdits acteurs, actrices, danseurs, danseuses, que gagistes et autres qu'il n'a pas été possible de faire mettre lesdites ordonnances à exécution quoique, au préalable, nous ayons eu la pré-
(1) C'était vrai : Devienne était resté trois ans à la Bastille pour avoir acheté des diamants perdus par une grande dame.

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See also: Parfaict Mémoires (1743), Le Théâtre de la foire à Paris, Calendrier des spectacles sous Louis XIV The WWW Virtual Library of Theatre and Drama. This project is supported by the British Academy, the AHRB, the UK Higher Education Funding Councils (HEFCE) and Oxford Brookes University, Oxford, United Kingdom. Copyright © 1996-2000 Barry Russell. All rights reserved. barry@foires.net. |