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Saint-Laurent, il y avoit eu querelle sur le théâtre dudit jeu entre lesdits Dolet et Delaplace, nous nous y sommes transporté et à notre arrivée avons trouvé qu'il y avoit encore quelques personnes dans ledit jeu qui en sortoient, et nous étant informé par les premières personnes que nous avons trouvées de ce qui étoit arrivé, avons appris que dans le tems de la représentation sur le théâtre dudit jeu de la pièce des Deux Scaramouches et des deux Arlequins, il étoit survenu une querelle entre iceux Dolet et Delaplace et que Laplace, lequel avoit bu et faisoit le personnage d'un des scaramouches, se prétendant avoir été insulté par quelques gestes ou coups, par ledit Dolet en jouant, icelui Laplace avoit tiré l'épée qu'il avoit à son côté en la qualité du personnage qu'il faisoit, et se prévalant de son personnage qui lui permet à un certain endroit de la pièce de tirer son épée contre l'arlequin avec lequel il est et de la pointer contre lui, l'avoit tirée de propos et dans un endroit prématuré de la pièce et l'avoit pointée contre ledit arlequin dans le dessein de le percer, ce qu'il eût exécuté si un homme de condition qui se trouvoit sur le théâtre ne l'en eût empêché. Et même, nonobstant ce, auroit continué en telle sorte que plusieurs pages du Roi qui étoient aussi sur le théâtre, se sont mis devant pour l'empêcher ; que même ledit Dolet s'étant enfui derrière le théâtre, ledit Laplace auroit voulu le poursuivre et que la femme dudit Dolet, une des actrices l'en auroit empêché, et que icelui Laplace auroit insulté cinq ou six acteurs ou actrices sur le théâtre et que cela auroit fait beaucoup de bruit dans le jeu. Et nous étant enquis où étoit ledit Laplace, nous a été dit qu'il étoit dans une chambre au-dessus dudit jeu, où étant monté et l'y ayant trouvé et lui ayant demandé raison de cette affaire, il nous a dit qu'il ne s'étoit passé rien autre chose, sinon qu'il avoit tiré son épée dans l'endroit de la pièce qui lui étoit permis. Et ladite femme Dolet, étant survenue, elle nous a confirmé dans tout ce qui a été dit contre ledit Laplace et nous a montré une écorchure qu'elle avoit à la main droite, qui lui avoit été faite en poussant une porte contre ledit Laplace, et plusieurs contusions qu'elle avoit aux bras, qui lui avoient été faites par ledit Laplace en lui serrant les mains. Pour quoi et pour le scandale public commis dans ledit jeu, nous nous serions déterminé à envoyer prisonnier au Châtelet ledit Laplace, et à cet effet nous aurions dit au nommé Bazin, lieutenant criminel de robe courte, que nous avons trouvé en ladite chambre, de nous envoyer main-forte pour ce faire. Mais ledit Bazin n'ayant pas jugé à propos de venir ni de nous envoyer du secours, et ledit Laplace s'étant évadé pendant que nous parlions à plusieurs personnes dans ladite chambre à la faveur de ses confrères qui se sont mis au-devant de lui et derrière lesquels il a passé, nous nous sommes retiré et avons dressé le présent procès-verbal.

Signé : DEFACQ.

( Archives des Comm., no 1629.)

Voy. ALARD (16 février 1719). PROCÈS DES COMÉDIENS.


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See also:
Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
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