et la femme du comparant ayant accepté ce parti, elle entra, le 23 juillet dernier, dans le couvent de l'abbaye St-Antoine ainsi que le comparant le lui avoit permis ; mais la régularité de cette maison ne s'accordant pas avec ses projets ni avec ceux dudit sieur Abraham D ;.. , elle s'est avisée de s'évader de cette maison sans en prévenir le comparant et d'aller s'établir, quinze jours après environ, dans une maison beaucoup plus facile et dans laquelle elle a été reçue sans aucune information préalable, c'est la maison dite de la Mère de Dieu, paroisse St-Sulpice. Le comparant est instruit que pour se livrer plus librement à ses désordres, ladite dame Audinot a changé de nom et qu'elle a pris le nom de Daussy, sous lequel seulement elle est connue dans cette maison. II est également instruit qu'elle y reçoit journellement les visites du sieur Abraham D ;.. , qui a un libre accès dans son appartement, qu'elle-même va fréquemment chez lui et qu'elle a plusieurs fois découché de la maison, le faisant passer pour son frère. Que le 19 août dernier, étant partie de la communauté à neuf heures du matin, elle alla dans un carrosse de place vers le petit Montrouge où elle fut rejointe par ledit sieur Abraham D..... et que tous les deux ils descendirent à l'auberge de la Maison-Blanche, ou ils restèrent enfermés dans une chambre jusqu'à trois heures après midi, et qu'ensuite ledit sieur Abraham la reconduisit jusqu'à la place Saint-Michel.
Que le jeudi 28 du mois d'août dernier, la femme du comparant sortit de son couvent entre cinq et six heures du soir, monta toute seule dans un fiacre et se rendit à Clichi dans la maison dudit sieur Abraham D ;.., qu'elle y passa la nuit et que le lendemain matin ils s'en revinrent ensemble en cabriolet à Paris. Qu'ils passèrent encore ensemble toute la journée et qu'elle ne rentra dans son couvent qu'entre cinq et six heures du soir, c'est-à-dire après une absence de 24 heures. Enfin le comparant est encore instruit de bonne part qu'ils ont des entrevues journalières dans une maison suspecte, rue Montmartre. Ledit sieur comparant nous observe, en outre, que par son contrat de mariage, il n'y a pas de communauté de biens établie entre lui et la dame son épouse ; que néanmoins, depuis le commencement de ses liaisons avec ledit sieur Abraham D ;.. , elle a emporté de la maison dudit sieur son mari différens effets, notamment trois plats d'argent et que lors de sa retraite au couvent et successivement, elle a encore emporté trois autres plats d'argent et différens autres objets, comme armoires, tables, commodes et des diamans, bijoux et dentelles, pour environ 8 mille livres (1).
Dans ces circonstances le plaignant seroit fans doute autorisé à provoquer
(1) Les renseignements qu'Audinot fournit ici sur les légèreté de sa femme lui étaient donnés par un sieur Henri-Nicolas Nortier, musicien de son orchestre, qu'il avait chargé d'espionner. Ce personnage, pris un jour en flagrant délit, reçut à ce propos du sieur Abraham D..... une volée de coups de canne dont il vint se plaindre au commissaire Vanglenne le 10 octobre 1783. Les détournements commis par Mme Audinot dans son ménage furent attestés chez le même commissaire, le 16 octobre 1783, par Françoise Bouchet, femme de Martin Leclerc, cocher bourgeois, elle cuisinière au service d'Audinot.
(Archives des Comm., nº4993.)

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