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le suivre, elle se tueroit et empoisonneroit, avec des emportemens et injures les plus atroces et des menaces et insolences jusqu'à lui mettre le poing sous le nez et le défier de la maltraiter, afin qu'elle pût avoir un prétexte de demander sa séparation, ce qu'il souffroit patiemment sans rien dire ; que le onze du présent mois ayant dit à son épouse qu'il souhaitoit aller dîner avec elle chez le sieur Baron, son grand-père, qu'ils n'avoient pas encore vu depuis qu'ils étoient à Paris, elle lui répondit, devant la veuve Laumônier et la demoiselle Alard, qu'elle n'y vouloit point aller et aima mieux rester dans sa chambre jusqu'à deux heures sans sortir, ni aller à la messe le dimanche suivant ; que le soir, étant seul dans sa chambre, elle y rentra avec sa mère qui la blama de sa mauvaise conduite envers lui plaignant ; que lundi dernier, lui ayant demandé ce qu'elle avoit fait d'une montre d'or de valeur de 600 livres et d'une croix de diamans qu'elle avoit eue en présent de noces de sa grand'mère, elle ne voulut pas lui en rendre aucune raison, ce qui lui fait juger qu'elle ne suit que les mauvais conseils de sa mère pour faire dépit au plaignant ; que le jour d'hier ladite dame de Baune vint dans la chambre de lui plaignant d'un air alarmé, lui dit qu'elle avoit appris qu'il avoit chargé ses pistolets et que cela l'épouvantoit ainsi que sa femme, ce qui le surprit ; et aussitôt il prit ses pistolets, en ôta l'amorce et les lui donna entre les mains et elle les emporta ; que cejourd'hui, sur les six heures du soir, sortant de sa chambre où il avoit laissé plusieurs de ses parens, il a été surpris de se voir attaqué et maltraité par ledit Vautier, qui l'auroit saisi par le bras en lui disant s'il étoit vrai qu'il vouloit le tuer ; que lui ayant répondu qu'il ne l'estimoit pas assez pour cela, ledit Vautier l'auroit dans l'instant saisi par la cravate d'une main et de l'autre frappé d'un coup de canne sur la tête, ce qui l'auroit obligé de la lui arracher des mains et de s'écrier au secours. Au bruit, lesdits sieur et dame de Baune étant survenus, ledit sieur de Baune lui a arraché son épée de son côté toute nue, et en même tems, avec ledit Vautier, l'auroient chargé de coups et injures les plus atroces avec les derniers emportemens et menaces de le tuer, laquelle insulte lui a paru concertée entre eux et sa femme pour le faire assassiner ; d'autant qu'ayant voulu, sur les sept heures du soir, rentrer dans sa chambre, la porte lui en a été refusée par le sieur Dame, oncle paternel de ladite dame de Baune, qui lui auroit dit qu'il avoit reçu l'ordre de ne lui point ouvrir, non plus que tous les domestiques, sous peine d'être chassés ; que lui ayant demandé son épée et son linge et ses hardes à son usage, qui étoient en ladite chambre, ils n'ont voulu les lui rendre, ce qui l'a obligé de le retirer pour venir rendre la présente plainte.

Signé : PIERRE LATRAVERSE ; BIZOTON.

(Archives des Comm., No. 2477)

Voy. BAXTER. MAURICE. OPÉRA-COMIQUE. SAINT-EDME. SORIN.


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Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
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