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MONNET (JEAN-LOUIS), né vers 1710, mort en 1785, entrepreneur de spectacles à Londres, Lyon et à Paris, où il a dirigé l'Opéra-Comique en 1743 pour la première fois, et pour la seconde fois, de 1752 à 1757. Il a laissé de curieux Mémoires, dans lesquels il dépeint en ces termes l'état de l'Opéra-Comique en 1743 : « L'Opéra-Comique avoit ruiné mes prédécesseurs. Le sieur Pontau, alors possesseur du privilége, homme d'esprit, mais foible et peu propre aux détails d'une pareille direction, avoit laissé tomber ce spectacle dans un tel avilissement qu'il en avoit absolument éloigné la bonne compagnie. La livrée y étoit en possession du parterre, elle décidoit des pièces, siffloit les acteurs, et quelquefois même les maîtres quand ils s'avançoient sur le devant de la scène. Les loges des actrices étoient ouvertes à tout le monde. La salle, le théâtre étoient construits à peu près comme les loges des baladins de la foire Saint-Ovide. La garde s'y faisoit par un officier de police et sept ou huit soldats de robe courte. L'orchestre étoit composé par des gens qui jouoient aux noces et aux guinguettes. La plupart des danseurs figuroient avec des bas noirs et des culottes de drap de couleur. Rien en un mot n'étoit si négligé, si sale, si dégoûtant même que les accessoires de ce spectacle. Voulant y mettre de la décence et de l'ordre, j'obtins une ordonnance du Roi qui défendoit les entrées à la livrée. Je fis construire un amphithéâtre, réparer et décorer la salle à neuf. Il étoit question de trouver des sujets ; on m'indiqua comme la meilleure troupe de province, celle du sieur Duchemin, à Rouen, où étoit le sieur Préville, qui remplissoit déjà avec distinction l'emploi de premier comique. J'en voulus juger par moi-même et j'allai à Rouen. Les talens, l'esprit, le naturel et la gaieté de cet acteur, firent une si grande impression sur moi, que je n'étois plus occupé que des moyens de l'attacher à mon spectacle. Je le laissai le maître de ses appointemens et de faire tout ce qui pourroit lui être agréable dans la place qu'il occuperoit. Aussi flatté de ces avantages que du désir d'être à Paris, il s'engagea pour la foire Saint-Laurent. Je fis alors la découverte d'un opéra comi-


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See also:
Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
, The WWW Virtual Library of Theatre and Drama.
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