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j'avois conçue de vous par quelques lettres du petit-neveu du frère cadet de mon oncle, qui loge au faubourg St-Marceau et qui, au moyen de nos recommandations, est sur le point de faire son chemin, je vous écris ces lignes sans avoir l'honneur de vous connoître, pour vous féliciter et vous congratuler enfin, vous, monsieur, qui vous appelez le sieur Nicolet et qui, dans les foires St-Ovide, St-Germain, St-Laurent, sur les boulevards (ou bouleverds, comme on voudra, car je ne chicane pas sur les termes) ; vous, dis-je, qui avez le pouvoir de rassembler par vos illustres parades tout ce que Paris a de plus spirituel et de plus profond ; vous qui savez par vos scènes vives et pathétiques, par vos expressions fines et choisies, instruire les plus ignorans ; vous qui avez l'art d'attacher vos auditeurs par les célèbres représentations de l'Avocat savetier, de l'Inventaire du pont St-Michel, de les délasser quelquefois par celles de Sémiramis et tous ses agrémens ; vous en un mot dont on aime tant à prononcer le nom, que les gens même qui sont à votre solde se crèvent à force de crier : c'est ici le sieur Nicolet. Ce n'est pas, monsieur, pour vous prévenir en ma faveur que je vous dis de si belles choses, c'est la force de la vérité qui m'emporte, et je puis vous assurer qu'étant une demoiselle d'honneur, je suis incapable de mentir quoique cousant en linge depuis ma plus tendre jeunesse ; mais je dois vous avouer que ce métier-là m'ennuie et que je suis dans le dessein de vous offrir mes petits services et de m'associer à votre réputation. Je suis une fille dont vous pouvez tirer un grand parti et mon cousin l'épicier m'a assuré qu'il ne croyoit pas que l'on pût jouer la comédie mieux que moi : cela n'est pas étonnant, je joue toujours quand je ne couds pas et je fais par coeur toutes les belles tragédies de M. Pradon et presque toutes les comédies de nos auteurs modernes qui, quoiqu'elles soient tombées, ne sont pas moins bonnes selon moi. Un de mes parens, qui est clerc chez M. notre greffier, m'a appris le françois ; je me suis perfectionnée dans un volume du Théâtre de la foire et je suis en état de parler en public : par conséquent, monsieur Nicolet, vous pouvez faire de moi une reine ou une confidente, une princesse ou une femme de chambre ; car je crois qu'en termes de l'art femme de chambre c'est comme qui diroit soubrette. D'après ce petit préambule, monsieur, je vous préviens que comme tout dépend du début, je ne serois pas fâchée de commencer par Mérope dans Rodogune ou par Athalie dans l'Enfant prodigue. Au surplus comme il vous plaira et je me confie pleinement et entièrement dans vos lumières : s'il me manque encore quelque chose pour l'orthographe et la pureté de la langue, vous êtes bien en état de me redresser ; mais, pour en cas de cet article-là, je ne crois pas que vous ayez beaucoup à refaire à mon endroit, car j'ai toujours reçu des complimens sur ma manière de m'exprimer et Messieurs les avocats de chez nous, qui savent tous les beaux mots, viennent quelquefois causer avec moi, ce qu'ils ne feroient pas si je n'étois point-z-au fait de la construction. A l'égard de ma figure, ma mère étoit fort jolie et j'ai un certain air de famille qui me sied très-bien, surtout lorsque je suis parée. Pour ma taille, il n'y a rien à en dire et quand on a cinq pieds quatre,


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See also:
Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
, The WWW Virtual Library of Theatre and Drama.
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