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à la hauteur de sa réputation, il se fit donner par lui des leçons de danse de corde. Cet inimitable artiste ne joua pas seulement à Paris, il se rendit plusieurs fois en Angleterre avec son camarade Placide, et tous deux reçurent souvent à Londres les applaudissements des Anglais pour l'adresse et l'agilité qu'ils déployaient dans leurs périlleux exercices. Un de leurs émules, le sauteur anglais Joë Grimaldi, descendant de ce fameux Nicolini Grimaldi dit Jambe de fer, qui parut avec éclat en 1740, 1741 et 1742 aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent à Paris, a rendu justice, dans ses curieux Mémoires (1) récemment publiés par Charles Dickens, au talent prodigieux du Petit Diable et de Placide. Après plusieurs mois passés en Angleterre et à la suite d'une mésaventure dont on va lire plus bas les détails, le Petit Diable revint à Paris et reparut en 1781 sur le théâtre des Grands-Danseurs du Roi. Il y fut reçu par le public parisien avec de vigoureux applaudissements et y resta jusqu'en 1789, époque où il passa définitivement à l'étranger. Le Chroniqueur désoeuvré a parlé en ces termes du Petit Diable : « Je me contenterai de dire un mot des sieurs Placide et Pol, surnommé le Petit Diable, les premiers qui aient poussé si haut l'art du danseur de corde ; mais autant ces deux vagabonds sont recherchés pour leur talent, autant on fuit leur société. Les filles qui d'habitude composent journellement le spectacle des Grands-Danseurs du Roi leur doivent chacune une nuit ; ils font avec elles ce que font les officiers de garnison envers les femmes des bourgeois ; tant qu'ils sont dans une ville, les beautés qui y demeurent leur appartiennent de droit. Ils sont maintenant en Angleterre où ils ont manqué de se faire lapider. Placide, frère de la Billioni des Italiens... eut la bêtise de danser sur la corde, devant tous les Goddems assemblés, avec un drapeau aux armes de France. Il a fallu qu'ils demandassent pardon, comme fit le beau Vestris pour une circonstance qu'il est inutile de rapporter puisque tous

(1) C'est par les Mémoires de Joë Grimaldi que nous apprenons que le Petit Diable s'appelait Paulo Rédigé. Jusqu'ici on ne lui connaissait d'autre nom que celui de Pol. Son père était un saltimbanque du boulevard, nommé Jean Rédigé, à qui nous avons consacré plus loin un article, et sa soeur, dite la Petite Saxonne, faisait assez habilement des exercices d'équilibre.


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See also:
Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
, The WWW Virtual Library of Theatre and Drama.
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