forme. Reste à le faire connoître plus particulièrement. Le sieur Sallé, n'en déplaise à sa prétendue génération, descend en droite ligne d'un savetier dont l'échope étoit sise faubourg Saint-Honoré. Ses premières années furent consacrées à cet art illustre, mais le libertinage l'en dégoûta. Il fit des commissions et débuta dans la carrière dramatique sur la parade à Nicolet par les arlequins. C'est là que sa réputation se rendit fameuse tant par ses débauches que son arlequine renommée. Il a vécu avec plusieurs femmes, les grugea, les battit et leur fit partager l'indigence qu'il éprouvoit à cause de sa passion désordonnée pour le billard..... Avare à outrance, dur, usurier, prêteur sur gages, de la plus mauvaise foi du monde, ce directeur inique se fait un plaisir de gagner sur tout, force au besoin à des emprunts ses sujets par la modicité de leurs appointemens et ne leur rend service qu'en en retirant un intérêt considérable..... Tel est le sieur Sallé ; il ne manque à ce portrait si naturel qu'un exposé de ses talens. Une diction fausse ; comme je l'ai déjà dit, un organe aigre et détestable, un physique absolument ingrat ; un jeu abominable. Avec tous ces avantages il joue les rois, les arlequins et les pères nobles, et son très-digne associé (Vienne dit Visage) les premiers rôles. Aussi ces messieurs ne tiennent aucun compte de leurs sujets et s'écrient avec l'orgueil le plus impudent : « Nous tenons les rênes de l'État ! » Patience, patience, attendons tout des plaintes qu'on a déjà formées contre eux. Ce seroit un abus de souffrir davantage de pareils tréteaux où l'on défigure journellement les meilleurs ouvrages des Corneille, des Racine et autres. » La femme de Sallé, Françoise Asseline, était aussi actrice du théâtre des Associés ; c'était, dit toujours le Chroniqueur désoeuvré, une « grande, blême, bégueule, méchante sans le paroître, amoureuse comme une chatte, ridicule à la scène, froide et ennuyeuse et bonne en rien. » En 1790, Sallé, devenu seul propriétaire du Spectacle des Associés, lui donna le nom de Théâtre patriotique. Il est mort vers 1795.
(Almanachs forains, 1773, 1775. -- Le Chroniqueur désoeuvré, II, 87, 89. - Catalogue de Soleinne, III.)

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