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actrice de l'Opéra-Comique, demeurante à Paris rue de l'Évêque, paroisse St-Roch : Laquelle nous a dit que jeudi dernier, sur les trois à quatre heures de relevée, trois particuliers portant épée, jeunes d'âge, à elle inconnus, sont, de dessein prémédité, entrés de force chez elle en l'appelant : Gogo, et en disant qu'ils vouloient y entrer et y ont fait un tapage étonnant ; qu'ils ont voulu casser ses glaces, disant : « Faisons boucan », l'ont menacée de la faire renfermer à l'hôpital, en ajoutant par dérision qu'ils lui servoient d'écuyers comme elle descendoit de chez elle pour se sauver ; qu'il s'est perdu une paire de bas de soie blancs neuve pendant ce bacchanal ; qu'elle a eu toutes les peines imaginables de se retirer de chez elle pour s'esquiver d'entre leurs mains à l'effet d'aller rendre plainte chez l'un de nous et ayant passé par chez son hôte et ayant appris que lesdits particuliers s'étoient retirés elle s'est imaginé qu'étant détrompés sur son compte, ils ne reviendroient plus chez elle : mais que cejourd'hui, il y a environ une heure, les mêmes particuliers, assistés d'un autre particulier portant aussi épée, sont revenus, ont enfoncé sa porte avec tout le scandale imaginable, faisant un si grand tapage qu'il n'est pas possible de l'exprimer ; qu'ils l'ont traitée publiquement comme la dernière des misérables, faisant amasser tout le voisinage et les passans, voulant encore casser ses glaces à chaque parole qu'elle vouloit dire ; qu'elle croyoit que c'étoit le dernier moment de sa vie et qu'elle ne peut nous expliquer l'horreur et l'infamie de tout ce que lesdits particuliers ont commis chez elle ; que le plus méchant d'entre eux en habit d'officier blanchâtre s'étant douté, comme il étoit vrai, qu'elle avoit envoyé chercher la garde, est descendu dans la cour où il s'est mis à crier de toute sa force les injures les plus épouvantables contre l'honneur et la réputation d'elle comparante ; que tous les voisins étoient à leur fenêtre et très-scandalisés de la conduite desdits quatre particuliers qui ne se sont retirés que lorsqu'ils ont cru que la garde arrivoit et ont monté dans le carrosse de place dans lequel ils étoient venus chez elle en lui faisant toutes les menaces imaginables, disant qu'ils reviendroient au nombre de vingt aujourd'hui chez elle ; que lorsqu'ils y sont entrés de force, ils se sont mis tous quatre à crier de toute leur force : « Ran tan plan tire lire ! » comme s'ils avoient été dans un mauvais lieu, et sur ce qu'elle refusoit de les embrasser, ils ont cassé une glace et des flacons. Et comme elle n'est pas en sûreté de sa vie et qu'elle a intérêt de prévenir à l'avenir de pareilles scènes et d'obtenir raison de ce que dessus, elle est venue nous rendre plainte.

Signé CADOT ; A. M. SAUVAGE.

Et le mercredi 21 desdits mois et an, heure de midi, est comparue derechef par-devant nous ladite demoiselle Sauvage : Laquelle nous a dit qu'elle vient d'apprendre que les quatre particuliers qui sont venus chez elle, ainsi qu'il est porté en la susdite plainte, sont les sieurs Leclerc, gendarme, rue de Bouloi, Roland de la Tillière, demeurant rue St-Jacques ou du Plâtre, au Soleil-d'Or, en chambre garnie ; Machon, lieutenant dans le régiment d'Artois, logé


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Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
, The WWW Virtual Library of Theatre and Drama.
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