luy a répondu, en badinant, qu'il s'y prenoit trop tard ; que ledit Taconet luy a de nouveau dit qu'il en étoit fâché mais qu'il falloit qu'ils se coupassent la gorge ensemble s'il voyoit davantage cette demoiselle et qu'il ne le quitteroit pas sans cela ; que luy ayant représenté qu'ils n'étoient point gens à se battre ainsy, mais à cette demoiselle à décider entre eux, ledit Taconet a toujours persisté à vouloir se battre et luy a proposé avec vivacité d'aller se battre vers l'École militaire, ce que le plaignant a refusé, et ensuite de se trouver encore à la Glacière le même jour sur les trois heures ; que ledit Taconet voyant cela, est descendu et est tout de suite remonté en lui disant avec fureur pourquoy il ne descendoit pas, et qu'il vouloit absolument se battre avec luy ; que le plaignant pour éviter les suites de ses fureurs a ôté de dessus la table un couteau qui y étoit, ce que voyant ledit Taconet, il a pris une bouteille en criant : « Je suis bien malheureux d'être dans un cabaret ! » Que le plaignant pour éviter ce qui pouvoit arriver de la part dudit Taconet dans ce quartier-là où il est fort connu, il a feint d'aller avec lui à l'École militaire et à cet effet a suivy la rue du Bacq pour passer dans la rue de Sèvres où il a une personne qu'il connoît et chez laquelle il s'est proposé d'entrer pour éviter de se battre ; qu'en route, ledit Taconet lui a proposé de passer par différentes rues détournées et que le plaignant a refusé toujours pour éviter de se battre ; qu'enfin étant parvenus dans la rue de Sèvres, il est entré chez le sieur Béton, boulanger, qu'il connoît, et là il a dit audit Taconet qu'il pouvoit aller faire ses affaires, que pour luy il ne vouloit point se battre ; ce que voyant ledit Taconet, il est entré chez un marchand de bière à côté où il est resté environ une heure, au bout duquel tems il est venu sans chapeau et sans épée trouver le plaignant chez ledit Béton et luy a dit : « Vous voilà encore icy, apparemment que vous ne voulez point venir », et luy ayant dit que non, il luy a répliqué d'un ton goguenard : « Je venois vous rendre les armes et vous prier de ne point parler du différend que nous avons eu et que cela n'aille pas plus loin » ; qu'il a quitté encore pendant quelque tems le plaignant qui, pour éviter sa rencontre, a resté chez ledit Béton une partie de l'après-midy ; que cejourd'huy, sur les quatre heures et demie, le plaignant étant dans la rue Dauphine avec deux de ses amis, ledit Taconet est venu à luy et a été pour luy prendre la main en luy disant d'un air goguenard : « Nous nous sommes quittés singulièrement le dernier jour, mais les hommes se rencontrent. » Que luy plaignant ne luy a répondu autre chose sinon qu'il n'avoit affaire à luy, de sorte que ledit Taconet l'a quitté et ne luy a point dit autre chose ; que ledit Taconet est un homme sur le pavé de Paris qui y est regardé comme un tapageur se faisant fort de son épée, que même il y a environ quinze jours, il a forcé un des amis du plaignant à mettre l'épée à la main sous l'arcade du Palais, du côté du quay des Morfondus, et cela sur ce que le plaignant s'est trouvé une fois avec cette demoiselle et plusieurs autres chez cet amy et la dame son épouse ; et comme le plaignant ne veut point se battre avec ledit Taconet ainsy qu'il luy a provoqué et qu'il y a lieu d'appréhender les menaces qu'il

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