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chez lui qu'il lui a livré. Que le plaignant a conseillé à ladite demoiselle Mazure d'en profiter. Que dans ce moment même ledit Taconet, qui se trouvoit derrière le plaignant et ladite demoiselle et qui vouloit aussi entrer dans ladite maison, s'est présenté pour passer par le logis de cet aubergiste et en même tems faciliter à cette demoiselle qu'il connoissoit, une pareille entrée ; mais l'aubergiste s'y est opposé fortement et a repoussé avec brutalité ledit Taconet, ce qui a éloigné ladite demoiselle Mazure. Que le plaignant, qui avoit différé pour voir si la rentrée se seroit par le logement de cet aubergiste, s'est trouvé spectateur de cette fâcheuse scène en laquelle ledit Taconet cherchoit à se venger sur ledit aubergiste de ses emportemens ; mais cette demoiselle, se trouvant près dudit Taconet, effrayée de cette action vive et encore plus de ses suites, fit des efforts pour retenir ledit Taconet que l'aubergiste poursuivoit toujours, ne le remettant pas dans la nuit qu'il faisoit, car il le connoissoit et n'avoit pas de haine contre lui. En effet, quelques moments après, l'ayant reconnu au milieu de la rue, il lui confessa s'être trompé et lui fit connoître que c'étoit une méprise qu'il avoit faite de lui au plaignant, qui étoit toujours resté pour voir la fin et que cet aubergiste aperçut et montra au doigt en disant : « C'est lui qui en est cause, parce qu'il m'a une fois traité de drôle et que je croyois que c'étoit lui qui ramenoit la demoiselle Mazure, étant communément dans l'usage de le faire. » Reproche que le plaignant a prudemment laissé tomber ne voulant pas expliquer le juste sujet qui l'avoit forcé à le traiter effectivement ainsi pour éviter des suites fâcheuses et éviter des désagrémens à ladite demoiselle Mazure. Mais ledit Taconet, peu content de cette méprise et voulant en jeter le tort sur le plaignant qui en étoit pourtant fort innocent, puisqu'il n'avoit pas été en lui d'empêcher l'étourderie brusque de l'aubergiste quand il a commencé à se jeter sur ledit Taconet, ce dernier a cherché querelle au plaignant qui a cependant eu l'honnêteté de lui marquer combien il étoit fâché de l'effet de cette méprise. Malgré cette attention du plaignant, ledit Taconet a continué sa querelle contre lui et a porté la chaleur de son ressentiment jusqu'à le provoquer à venir se battre en lui disant qu'il avoit affaire à lui et qu'il falloit que le plaignant le suivît d'un côté ou d'un autre. Ce dernier, ne croyant nullement son honneur engagé sur la provocation à lui faite par un acteur de Nicolet, lui a marqué le dédain qu'elle méritoit sans cependant l'offenser. Aussitôt ledit Taconet lui a dit qu'il falloit que cela fût, et pour le nécessiter, s'est livré à sa pétulance et s'est permis l'audace de porter un soufflet au plaignant en tirant, sur-le-champ, son épée nue dont il a présenté la pointe à ce dernier qui, de son côté, dans le transport où ce soufflet reçu le jeta, a pris la sienne pareillement nue avec laquelle il a voulu fondre sur ledit Taconet pour tirer une juste vengeance du public affront qu'il venoit de lui faire ; mais ledit Taconet ayant opposé son arme à celle du plaignant en se tenant sur la défensive, ce dernier a essayé, par un coup de fouet donné avec son épée sur celle de son adversaire, de le désarmer pour pouvoir le frapper à grands coups de plat d'icelle, ne voulant pas le tuer quoiqu'il l'eût


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See also:
Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
, The WWW Virtual Library of Theatre and Drama.
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