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un coup d'épée à la main ; qu'il les a amenés en notre hôtel pour être par nous ordonné.

Signé : CHAVONNET.

Est aussi comparu sieur Jean-Baptiste Martin de la Salle, bourgeois de Paris, y demeurant à l'abbaye St-Germain-des-Prés : Lequel nous a dit que l'après-midi dernier, sur les cinq heures, le comparant fut dans la loge de la demoiselle Lafrance, actrice du sieur Nicolet, pour lui porter des noeuds qu'elle lui avoit demandés ; qu'il y trouva le sieur Talon, acteur dudit sieur Nicolet. Que le comparant dit audit sieur Talon qu'il étoit fort aise de le trouver là et le pria très-honnêtement de vouloir bien ne point faire des injures à ladite Lafrance ni la pincer aux bras et aux jambes comme il avoit coutume de le faire lorsqu'il étoit sur la scène. A quoi ledit Talon lui répondit avec un ris moqueur tout à fait insolent et en regardant le comparant par-dessus l'épaule par des hein, des quoi, des qui est-ce et des plaît-il. Que le plaignant dit une seconde fois en ces termes : « Monsieur Talon, je vous prie, lorsque vous vous trouverez avec mademoiselle Lafrance, de ne point la pincer et la meurtrir comme vous l'avez fait jusqu'à présent. » Et que ledit Talon continua toujours sur un ton de persiflage ses rires moqueurs et impertinens, et ses hein, quoi, qui est-ce, plaît-il. Que le plaignant lui annonça que puisqu'il se comportoit ainsi, la première fois qu'il s'apercevroit que ladite Lafrance auroit été pincée ou meurtrie, ce seroit à lui plaignant qu'il auroit affaire. Qu'alors lui plaignant se sentit piqué des mauvais propos et du mauvais ton insolent que lui tenoit ledit Talon qui, en regardant par-dessus son épaule le comparant, lui tenoit toujours le même langage ; le plaignant ne put se retenir et donna une chiquenaude audit Talon sur le nez, ledit Talon mit aussitôt la main sur son épée et fit le commencement de la tirer, mais en fut empêché par un magasinier qui se trouvoit pour lors dans la loge de ladite Lafrance et qui repoussa ledit Talon hors de la loge. Qu'on a averti à l'instant le sieur Amblard, officier de la garde, qui s'est présenté au plaignant dans la loge de ladite demoiselle Lafrance pour tâcher d'arranger cette affaire. Qu'après qu'il en fut instruit, il dit au plaignant qu'il parleroit audit Talon et qu'il falloit remettre après le jeu pour arranger cette affaire (1). Que le plaignant resta pour lors dans la loge de la demoiselle Lafrance et en sortit un quart d'heure après, mais qu'étant sur le théâtre et ledit Talon l'ayant vu sortir de ladite loge, ce dernier a, sur-le-champ, tiré son épée et a poursuivi le plaignant avec fureur et lui a porté un coup d'épée sur le dessus de la main droite au-dessus du petit doigt, ainsi qu'il nous est apparu par la piqûre qui y est encore, et qu'heureusement le plaignant a pris une autre coulisse que celle où ledit Talon entroit pour lui porter ce coup d'épée, sans quoi il l'eût blessé bien plus dangereusement. Que le plaignant a appris qu'avant que ledit sieur

(1) On jouait ce soir-lâ aux Grands-Danseurs du Roi : la Folie par amour, ou la Tarentule ; le Château assiégé, pantomime ; le Prétendu sans le savoir ; la Noce hollandaise.


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See also:
Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
, The WWW Virtual Library of Theatre and Drama.
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