remplies de toutes sortes de fleurs et de bouquets qu'elle présenta à cette nombreuse assemblée qui fut très-bon gré à la marchande de cette galanterie. Après la représentation de la première pièce, un acteur de la troupe s'avança sur le bord du théâtre pour annoncer aux spectateurs qu'ils ne pouvoient pas donner la seconde pièce qu'ils avoient promise, l'acteur qui devoit remplir un des rôles se trouvant indisposé, et qu'ils étoient tous très-fâchés de ce contre-tems. Le sieur Lécluze, acteur des plus comiques de ce même théâtre, avoit pris la précaution de se placer comme spectateur, pendant la première pièce, dans une des premières loges en habit de jardinier, confondu avec toute sorte de gens de tous états ; toute l'assemblée se récria fort sur cette annonce de ne pas jouer la pièce promise ; le feint jardinier se lève comme tous les autres et dit qu'on prétendoit que la pièce fût jouée, avec tant d'art et d'apparence de vérité que tous les spectateurs donnèrent parfaitement dans l'illusion. L'acteur qui avoit déjà fait l'annonce proposa enfin au feint jardinier, qui étoit toujours dans sa loge, de vouloir bien se charger du rôle de l'acteur malade puisqu'il en avoit l'habit. Le défi fut accepté, le supposé jardinier quitta sa place pour passer au théâtre et joua son rôle, avec l'applaudissement de toute l'assemblée. » Lécluze a prononcé aussi le compliment composé par Panard pour la clôture du spectacle de l'Opéra-Comique à la fin de la foire Saint-Germain, le 11 avril 1737. Lorsque le théâtre sur lequel il avait eu de brillants succès fut momentanément fermé en 1745, Lécluze se fit dentiste, et son habileté dans cet art lui procura bientôt une nombreuse clientèle. Il fut même nommé chirurgien-dentiste du roi de Pologne. En 1760, il était à Ferney, chez Voltaire, et y donnait des soins à Mme Denis ; sa présence dans la maison de l'auteur de la Henriade, au moment où Mlle Corneille venait d'y être recueillie, fut cause que Fréron écrivit un article où il déplorait l'éducation qu'allait recevoir dans un pareil milieu la petite-nièce de Pierre Corneille. Voltaire en eut connaissance, et il écrivit à ce sujet à Lebrun le 30 janvier 1761 ces mots : « Le sieur Lécluze qui n'a-

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