Duplessis Turnbull, Durang, Le Gallaudet et L'Estrange
Par André G. Bourassa. Soutien multimédia, François Bourassa.
Il y a d'autres exemples d'acteurs et metteurs en scène américains d'origine française qui sont venus au Québec pour un séjour prolongé ou même pour y rester, notamment John Durang en 1797 et Harriet [de] L'Estrange en 1808. Nous omettons ceux sur lesquels il y a trop peu d'information et dont on ne peut mesurer l'impact culturel; ceux également qui débordent d'un paradigme limité à 1824 : Napoléon Aubin (1), Alexandre Vattemare (2), Scévola Victor (3) et les frères Ravel (4).
John Durang est venu au Québec avec le cirque de John Bill Ricketts en 1797. On construisit deux cirques d'été, l'un à Montréal et l'autre à Québec. Durang a laissé un récit et des gouaches intéressantes sur ses installations et sur ses performances d'alors. On sait, par exemple, par la description qu'il en donne, que les spectacles équestres étaient toujours accompagnés de danses et de pantomimes avec arlequins et clowns :
Lundi le 28 M. Ricketts obtint la permission de construire sur un terrain de la couronne qui était situé dans un coin des ramparts, près de la guérite de la porte des Récollets. J'ai dessiné les plans du cirque pour les charpentiers et en ai précisé la structure. Il était conçu pour des performances diurnes, sans toit. Il fut complété en deux semaines avec arène, scène, balcons et écuries. Le bâtiment avait deux parties et un café séparait l'une de l'autre, parterre et balcons. Nous avons ouvert le 5 septembre.
Nous jouions tous les après-midi à 4 heures. Les musiciens appartenaient au 60e régiment des Royal American Grenadiers. Les employés étaient des soldats en congé qui travaillaient au prix d'une demi-couronne par jour, ce qui était également le salaire des musiciens .... Mon emploi consistait à faire le clown, à pied ou à cheval, ce qui m'obligeait à faire des farces dans l'arène aussi bien qu'à jouer à cheval dans le Tailleur de Brentford, avec des répliques en Français, en Allemand et en Anglais (la majeure partie des habitants étant français, plusieurs allemands et quelques-uns, marchands et soldats, anglais).
J'ai simulé la chasse à courre, sauté la barre à toute vitesse sur le cheval ou à côté; j'ai sauté à cheval à travers un cerceau, joué le rôle d'un cavalier saoul et enfilé des vêtements de femme alors que j'étais enfermé dans un sac porté par deux chevaux. J'ai fait la pyramide à toute allure debout sur deux chevaux pendant que M. Ricketts se tenait sur mes épaules et que Me Hutchins se tenait dans l'attitude de Mercure sur les épaules de M. Ricketts. J'ai joué le soldat saoul à cheval, sauté le cheval-arçons, dansé sur scène, joué le rôle d'Arlequin dans les pantomimes et interprété une chanson comique à l'occasion. J'ai fait des danses et des performances sur corde. J'ai mis au point des démonstrations mécaniques avec machines et écrans. J'ai offert des feux d'artifice. Bref, j'étais acteur, régisseur, peintre, décorateur, copiste de musique, fabriquant d'affiches et trésorier (J. Durang 1966, 67-68). (5)
À la demande générale, l'installation d'été fut remplacée par une installation d'hiver dressée avec des pierres de la forteresse en ruines. Ce cirque resta longtemps dans le même quadrilatère, à l'angle sud-est des rues McGill et Saint-Antoine, près du Square des commissaires qui allait devenir le Marché à foin (1835) puis le Square Victoria (1860) :
M. Ricketts reçut un tel encouragement des marchands et des officiers à rester pour tout l'hiver qu'en quatre semaines nous avons pu fermer notre cirque d'été et le reconstruire sur une base permanente. Nous avons été amenés à l'ériger en pierres, complètement rond avec un toit ajouré de fenêtres et un café. L'intérieur du cirque a été conçu comme celui de Philadelphie : les balcons en haut, le parterre en avant à même le sol, nos loges et l'arrière-scène sous les balcons, un grand estrade pour l'orchestre au-dessus de la porte par où entraient les chevaux. J'ai peint l'intérieur moi-même. Le dôme était bleu ciel avec cupidons et guirlandes de roses tout autour, les balcons roses, les panneaux blancs, un rideau de festons bleus et une arène délimitée par des panneaux et des piquets que reliait une chaîne d'or. La décoration de la scène comprenait un paysage, un rideau, un manteau d'arlequin, des coulisses et des niches à buste armorial de chaque côté. Nous y avons présenté le Capitaine Cook, Robinson Crusoé, des arlequinades et des ballets ( ibid., 69-70). (6)
John Durang présenta peut-être aussi Don Juan, une arlequinade dont il avait tenu le premier rôle à Philadelphie l'hiver précédent. Mais il ne serait pas étonnant qu'on ait évité de la produire à l'étranger car elle pouvait soulever autant de préjugés que, cent ans plus tôt, la pièce de Molière; on le voit par le drame vécu à Philadelphie en 1799 : une pièce pyrotechnique de la scène finale fut cause d'un incendie qui frappa le quartier, ruina Ricketts et l'amena à rentrer en Angleterre; un journal local y vit un châtiement de Dieu (7).
On ne voit guère à première vue ce que les Québécois pouvaient retirer d'un cirque du point de vue de la culture française, sauf que plusieurs spectateurs ne parlant pas anglais eurent une seconde fois la chance, depuis les premières soirées Donegani, de se familiariser avec les personnages de la commedia dell'arte. Durang donna également aux gens de théâtre une leçon de choses à propos des danses amérindiennes en demandant d'assister à celles du village de Kahnawake et en les interprétant ensuite avec celles de son répertoire américain : Pipe Dance, Eagle Tail Dance, etc. Mais Durang et Ricketts, sans savoir évidemment ce que Don Juan leur réservait, rentrèrent à Philadelphie pour y clore la saison et affronter un cirque rival, l'Olympique de Pépin et Breschard (8).
* * *
Une compagnie professionnelle a tenté de s'implanter à Montréal dans le Nouveau Théâtre des Jeunes Messieurs, dit Montreal New Theatre, sur Saint-Nicolas, sous la direction de William Henry Prigmore ( la Gazette de Montréal, 28 décembre 1807; Trépanier 1968, 179). Noble Luke Usher y fit sa première apparition le 27 mai suivant, dans le rôle d'Othello ( ibid., 26 mai 1808), et sa femme, Harriet L'Estrange, fit de même le 29 juillet dans le rôle de Lady Randolph de Douglass( ibid., 28 juillet 1808). Harriet L'Estrange était fille d'un comédien et d'une comédienne, les de L'estrange, qui après la Révolution française avaient fait un bout de carrière à Londres où le directeur américain Thomas Wignell les avait engagés en 1796. Elle fit ses débuts à Philadelphie en 1800 et épousa Usher à Baltimore en 1804 (C. Durang 1854-55, c. XXIX, 19 novembre 1854). Les Usher partirent jouer pour le Boston Theatre dont John Bernard, qui avait été acteur à Philadelphie en 1797, venait de prendre la direction pour cinq ans. Bernard leur confia par la suite le soin de créer au Québec un circuit pour le Boston Theatre.
Dans la foulée des Usher sont venus au Québec deux acteurs dont le nom réfère à la francophonie, John Duplessis Turnbull et M. Le Gallaudet. Sont aussi venus deux professionnels anglais du Covent Garden que sont le scénographe Noble Allport et John Bernard lui-même. Le Gallaudet prit l'affiche le même jour que Harriet L'Estrange; quant à Allport et Duplessis Turnbull, ils sont mentionnés pour la première fois en décembre 1808 ( la Gazette de Montréal, 12 décembre 1808). John Lambert eut des mots durs pour les compagnies de théâtre qu'il rencontra au Québec, mais sa tirade réfère de façon évidente à Prigmore; les Usher trouvent heureusement grâce à ses yeux :
Il y eut l'an dernier une tentative d'implantation à Montréal d'une compagnie de Boston à laquelle se sont joints quelques comédiens canadiens. C'est l'embargo [américain] sur le théâtre qui les a conduits au Canada où ils pensaient à bon droit pouvoir amasser quelques dollars dans l'attente de jours meilleurs. J'ai assisté par un chaud soir d'été à une représentation de Catherine and Petruchio[19 mai 1808]; mais le talent des bostonais fut totalement éclipsé par la vulgarité et les erreursd'une Catherine complètement saoûle qui avançait sur scène d'un pas chancelant et amenait l'auditoire à se contorsionner de rires, seule réaction possible pour les témoins du massacre de la pièce de notre barde immortel. Un monsieur et une dame Usher vinrent par la suite de Boston et offrirent plusieurs soirées avec un succès remarquable. J'avais vu jouer Usher à Boston où on le considérait comme un acteur de deuxième catégorie, mais il brillait au Canada comme une étoile de première grandeur. Ils se rendirent ensuite à Québec où ils offrirent plusieurs soirées sous le patronage de Sir James Craig qui, pour la première fois, honorait le théâtre de sa présence. Le bruit court qu'avec un peu d'encouragement ils pourraient s'établir au Canada et redorer l'image ternie de Thalie et Melpomène (J. Lambert 1810, vol. I, p. 300-01).
La salle de Montréal qui est celle de la rue Saint-Nicolas. Le nom des Usher disparaît assez vite de son affiche après le 4 août 1808; ils ouvrirent le Montreal Theatre, une salle de 700 places aménagée dans un entrepôt de pierre au 2 rue du Collège [Saint-Paul ouest]. Leur concurrent Prigmore eut un sort malheureux; il disparut avec sa troupe en se rendant en traîneau à l'extérieur de Montréal (Béraud 1958, 27), sans doute victime des traversées sur pont de glace dont John Durang avait fait la dangereuse expérience en se rendant à Varennes (J. Durang 1966, 76-77). Après une dernière mention de Prigmore dans les journaux ( la Gazette de Montréal, 19 décembre 1808), c'est Duplessis Turnbull qui est identifié comme directeur du Montreal New Theatre ( ibid., 2 janvier 1809); il est ouvert jusqu'en 1816. Quant à la salle de Québec dont parle Lambert, il s'agit d'une seconde salle des Usher. Ces derniers en effet, laissant la gestion du Montreal Theatre à Allport dès le premier automne, avaient pris à bail pour cinq ans une salle de Québec, le Quebec New Theatre, au-dessus de la taverne Armstrong, rue des Jardins. Ce théâtre opéra jusqu'en 1810. Mais Noble Luke Usher ne tint pas le coup, quittant pour Londres en septembre 1810 (La Gazette de Québec, 20 septembre 1810)(9), pour ensuite rejoindre la troupe de son père, Luke Usher, au Kentucky. Harriet Lestrange partit le rejoindre en février 1811 (ibid., 21 février 1811, p. 3). John Bernard s'était engagé à poursuivre le travail des Usher à Québec (10) où on devait lui bâtir une meilleure salle, mais il préféra finalement Albany (11)
L'épisode L'Estrange Usher semble avoir mal fini (12), mais le fils aîné de John Durang, Charles, venu travailler sur les scènes du Québec, est loin de partager la vision méprisante des voyageurs du continent européen. Après quelques mots sur madame Armstrong, "la petite dame grassette au naturel sympathique qui tenait taverne sous le théâtre", il parle en ces termes du Macbeth controversé de John Mills et de la façon particulière qu'avaient les Québécois de faire du théâtre un événement social :
Nous avons rencontré madame Usher après la mort de son mari [sic]. C'était à Québec, au Canada, en 1810. Elle y avait loué un théâtre où elle jouait à l'occasion avec des officiers anglais qui passaient occasionnellement leurs heures de loisirs à la garnison en interprétant "Shakspere". Nous nous rappelons un des officiers, un lieutenant Wood, ingénieur, qui était un des principaux interprètes et un bon décorateur. Il aurait certainement pu devenir un très bon acteur s'il en avait fait profession.
Monsieur John Mills et un groupe d'acteurs du Montreal Theatre prirent la relève de madame Usher dans la salle de Québec à l'automne de 1810 et y firent de bonnes affaires ....
Je dois souligner qu'à l'occasion [de Macbeth] le théâtre était rempli de beau monde. Le gouverneur général des provinces était là avec son épouse, une superbe jeune femme. Tous les officiers mariés étaient présents avec leur famille, à la manière québécoise. Un déploiement raffiné comme dans les théâtres les plus superbes d'Europe s'étalait ainsi dans une simple salle à l'étage d'un édifice un peu délabré. On y avait aménagé des loges, bien sûr, mais les spectateurs pouvaient presque se donner la main d'un bord à l'autre de la salle. Les femmes, avec leurs bijoux et leurs toilettes, et les officiers avec leurs splendides uniformes écarlates décorés de galons d'argent et d'or, déployaient une formation magnifique qu'on observe rarement dans nos vastes et élégants théâtres (C. Durang 1854-55, c. XXIX, 19 novembre 1854).
Le jugement de ce jeune acteur et musicien américain - il est né en 1796 - est plus nuancé que celui des vieux routiers anglais quand il s'agit de la salle, mais les critiques positives concordent quand il s'agit de Harriet L'Estrange. Il est vrai que Duplessis Turnbull, Charles Durang, Le Gallaudet, L'Estrange et leurs collègues ont contribué à la formation d'un auditoire et aidé le théâtre montréalais en particulier à atteindre le haut niveau de reconnaissance qui fut le sien au XIXe siècle. C'est grâce à des gens comme eux si cette ville, qui fut un temps la cinquième plus grande d'Amérique du Nord, put être un jour incluse au programme des tournées internationales. De grand artistes comme Sarah Bernhardt, Coquelin l'Aîné, Charles Dickens, Edmund Kean et Mounet-Sully y ont présenté leurs plus grandes réussites. Il n'en fut pas toujours ainsi. Duplessis Turnbull, de 1814 à 1823, complétait ses revenus en tenant buvette, étal ou taverne, puis quitta pour Albany (13). Mills, qui succéda à Allport à la direction du Montreal Theatre, coupait les dépenses en vivant dans son théâtre :
C'est en 1809 que Mills arriva au Canada où nous avons pu le rencontrer dans une compagnie théâtrale de Montréal qui était dirigée par Allport, un peintre scénique qui se doublait d'un grand artiste-peintre. Ce théâtre était parfois ouvert, mais souvent fermé pendant des mois .... Les acteurs du Bas-Canada n'étaient pas nombreux. À Montréal, en 1809-1810, il y avait MM. Mills, Johnson, Horton, C. Durang, un Anglais du nom d'Anderson qui servait de souffleur, M. Turnbull qui écrivit The Wood Demon, M. et Mme Young (14) .... Le théâtre, durant cette saison-là, n'ouvrait qu'à l'occasion. Une section de la compagnie de Boston avait l'habitude de s'y rendre durant l'été, pour quelques semaines. Ce n'est que récemment que Montréal est devenue une très belle ville de théâtre. Durant la période la plus chaude de l'été, le théâtre restait fermé et Mills s'y installait avec sa famille, faisant de la salle de maquillage son salon et des loges, ses chambres .... Les pièces étaient jouées dans un grand entrepôt de pierre dont la partie du haut avait été convertie en salle de théâtre. C'était sur une rue déserte, dans une maison isolée (C. Durang 1854-55, c. XL, 4 février 1855).
Mills est décédé en décembre 1810. Duplessis Turnbull, après avoir perdu son New Theatre de la rue Saint-Nicolas et sa taverne de la rue Saint-Paul, a loué et remis en état le Montreal Theatre de la rue Saint-Paul, celui des Usher, Allport et Mills, sous le nom de New Montreal Theatre. La salle réouvrit en novembre 1817. Mais l'édifice fut endommagé par un incendie qui détruisit une vingtaine de maisons en mai 1820 ( la Gazette de Montréal, 10 mai 1820) (15).
On ne sait si Duplessis Turnbull, Charles Durang, Le Gallaudet et L'Estrange pouvaient donner des représentations en français ni s'ils ont pu suivre l'activité sporadique des Jeunes Messieurs. À lire les récits de Charles Durang ( id., c. XL, 4 février 1855, p. 1) (16) , cela ne semble pas avoir été le cas. Le New Theatre de la rue Saint-Paul, par exemple, a annoncé des spectacles à titres français mais il s'agit dans un cas d'une pantomime ( la Gazette de Montreal, 13 février 1809) et dans l'autre de l'annonce française d'un spectacle anglais (Burger 1974, 365).
* * *
Bien que les Jeunes Messieurs n'aient cessé définitivement leurs activités qu'en 1817, c'est à une troupe venue des États-Unis en 1815 qu'on dut une certaine reprise de l'activité théâtrale francophone. Il s'agit de la Société des Jeunes Artistes dont le directeur italien, du nom d'Inglese, se donnait le titre de manager( le Spectateur Canadien, 20 novembre 1815; Burger 1974, 141). Ils jouèrent à Québec de mai à juillet et à Montréal d'août à octobre, offrant de rester pour l'hiver en remplacement d'une compagnie américaine qui rentrait aux États-Unis (18). Ces Jeunes Étrangers, comme on les appelait, dont la formation ressemblait à celle donnée à l'Institut de Quesnay de Beaurepaire à Richmond, présentèrent des ballets, des pantomimes et des drames(18).
6. Artiguenave, Blanchard, Godeau, Villalave et cie.
NOTES:
(1)
Aimé-Nicolas dit Napoléon Aubin, était un pasteur calviniste d'origine Suisse
ayant vécu quelques années aux États-Unis, à Biddeford, Maine (1830-1835),
fondé quelques journaux au Québec à compter de 1837, séjourné aux États-Unis
de 1853 à 1863 et, à cause de la guerre de Sécession, repris le chemin du
Bas-Canada. Il entreprit un voyage de six mois à Washington entre 1868 et 1870
afin de promouvoir l'annexion du Québec aux États-Unis; il fut même présenté au
président Grant et obtint une audience sur le sujet. Aubin fonda la Société des
Amateurs Typographes, troupe d'un syndicat fondé en 1827 par des immigrants
francophones en provenance des États-Unis. La troupe se fit surtout connaître
pour son interprétation controversée, les 8 juin et 23 octrobre 1839, au
Cirque-Royal de Québec, de la Mort de César de Voltaire, accompagnée des
pièces le Financier de Saint-Poix en juin et le Chant des ouvriers d'Aubin en
octobre (Roy 1936, 663). Les applaudissements de l'auditoire d'octobre durèrent
une partie de la nuit alors que la police montait la garde à l'extérieur de peur que le
tout se termine dans un soulèvement urbain anti-britannique, pro-républicain et
pro-socialiste, une situation qui aurait pu s'avérer plus complexe que le
soulèvement de 1837.
(2)
Alexandre Vattemare était un ventriloque français venu des États-Unis en 1840
et qui proposait la création d'instituts s'inspirant de ceux d'Alexandre Quesnay de
Beaurepaire fondés à Philadelphie en 1782 et à Richmond, Virginie, en 1786. Ces
centres auraient contenu bibliothèque, musée d'histoire naturelle, galerie d'art, salle
d'expositions industrielles, amphithéâtre pour cours publics à l'adresse de toutes les
classes de la société, etc. Il ne put les réaliser, malgré l'appui d'Aubin ( DBC 1966,
vol. IX, 888; voir le Fantasque, 8 février 1841).
(3)
Scévola Victor s'amena avec une troupe française de New York en février
1827, avec M. Alvic et Mme Beauvalet. Ils jouèrent au nouveau Theatre Royal
Molson de Montréal et au Cirque Royal de l'hôtel Mailhiot à Québec du 19 février
au 2 mai. Victor s'enfuit avec la caisse mais Alvic et Beauvalet revinrent et jouèrent
du 17 décembre 1827 au 29 janvier 1828. Voir la Minerve, 30 avril et 17
décembre 1827; Roy 1936, 653-54.
(4)
Les Ravel se produisirent à Paris en 1828, à Londres en 1830 et à New York
en 1836-1837. À Québec ils construisirent un cirque de bois qui ouvrit en mai
1840 et fut démantelé la même année. On les retrouve à New York en 1842 (Roy
1937, vol. XLIII, 182; Banham 1988, 103).
(5)
Ricketts dut offrir la version de Don Juan où Durang tenait le rôle titre et une
pièce de ce dernier, The Country Frolic, or The Merry Haymakers (C. Durang
1854-55, c. XXXIII, 17 décembre 1854).
(6)
Voir la Gazette de Montréal, 26 février 1798. Sur la rotonde de Richetts à
Philadelphie : McNamara 1969, 119-20 et C. Durang 1854-55, c. XXV, 22
octobre 1854. Sur l'Olympic de Philadelphie (1808), réaménagé pour devenir
l'actuel Walnut Street Theatre : ibid., c. XLVIII, 1er avril 1855.
(7)
Le 17 décembre 1799, alors que John Durang jouait le rôle titre dans Don
Juan, or the Libertine Destroyed à Philadelphie, le feu d'artifice de la scène finale
incendia les maisons voisines. Les dommages ruinèrent Ricketts et l'amenèrent à
rentrer en Europe : "It was said that the fire was a judgment on the manager for
impiously daring to perform Don Juan " (C. Durang 1854-55, c. XXXIII, 17
décembre 1854). Ne pas confondre la version de Philadelphie avec celle de
Matthew G. Lewis, The East Indian, créée à Londres en 1799 (Waldo 1942,
110).
(8)
"Leur décision ... était probablement dictée par la prudence. Des rumeurs
commençaient à circuler sur l'arrivée imminente en cette ville d'une compagnie
française de spectacles équestres et dramatiques et on savait que des négociations
étaient en cours pour les installer en toute commodité .... Leur établissement fut
construit sur une échelle de grandeur encore jamais vue à Philadelphie" ( ibid., c.
XXXIII, 17 décembre 1854). Les interprètes de drames, opéras et pantomimes
de l'Olympique avaient des noms bien français : Poubelle, Jaymon [Gémond?],
Douvilliers, [Du] Devant, Poignard, Saint-Marc, Léger, Savoie, Viellard...
(9)
John Bernard a joué à Québec en août 1810; il fut aussi sévère que Lambert à
propos de cette "minable petite pièce d'un plus que minable cabaret dont ni la
forme ni le nombre de sièges ne justifiaient le nom de théâtre" (Bernard 1887, vol.
I, 32). Un voyageur l'a décrit de semblable façon : "C'était un immeuble n'offrant
aucun attrait particulier pour la représentationIt, consistant tout au plus en l'étage
supérieur d'une taverne où l'entrée des spectateurs était si étroite qu'en cas
d'incendie on pouvait s'attendre au pire désastre" (Cockloft 1966, 32).
(10)
"Mr. Bernard respectfully informs the Ladies and Gentlemen of Quebec, that
he has taken of Mrs. Usher, the remainder of her Lease of the Theatre, and
will,with their sanction, after the close of Boston Theatre, offer them such popular
pieces and performers of merit, as he doubts not will ensureapprobation, and give
a higher relish to the very rational amusement a well regulated Drama can produce.
- Boston, March 28, 1811" ( la Gazette de Québec, 18 avril1811, p. 3).
(11)
Le Thespian Hotel d'Albany avait été rouvert en novembre 1810. Bernard y
joue dans Hamlet en avril 1811. Il décida d'y rester : "Mr. Bernard, formerly of
Covent Gardens, and late of the Boston theatre, intends the first week of
December to open a new temporary theatre in a pleasant, convenient part of the
city, with a select company that shall perform such pieces as may tend to improve
the minds, morals and manners of the rising generation" ( The Albany Gazette, 11
novembre 1811; Phelps 1890, 40). Il ouvrit le Green Street Theatre le 18 janvier
1813 avec l'aide de l'actrice Esther Young. Étonnamment, dans les Retrospections
posthumes de Bernard, on omet la période d'Albany qui se termine le 16 mars
1816 (Phelps 1890, 51; Bernard 1887, vol. I, 364).
(12)
Harriet Lestrange est décédée à Louisville, Kentucky, le 23 mars 1814. Son
mari est décédé la même année, près de Chambersburg, Pennsylvanie, sur la route
menant d'Albany, N.Y., à Lexington, Ky.
(13)
Burger 1974, 219. Turnbull tint durant deux ans, à l'enseigne de Saint-André,
rue Capitale, en face du Vieux- Marché, une taverne appartenant à John Molson (
The Montreal Herald, 11 juin 1814 et 7 décembre 1816).
(14)
Esther Young est avec Harriet L'Estrange une des rares femmes de théâtre du
Québec de ce temps dont nous connaissions un peu l'histoire. Elle est née près
d'Albany vers 1792. Son père s'était installé à Montréal où elle apprit à jouer
auprès d'acteurs qui devaient quitter plus tard Montréal pour Albany et l'inciter à y
revenir. Bien que la guerre de 1812 semble leur avoir causé des problèmes, à elle
et à Young, son mari canadien, elle s'établit finalement dans l'État de New York
(Phelps 1890, 45-46). À Albany, son nom apparaît pour la première fois dans une
pièce dirigée par John Bernard au Thespian Theatre, le 4 novembre 1811. On la
retrouve entre autres dans Pizarro et The Miser, le 29 mars 1815, avec Bernard
et Moore; dans Americans in Algiers et Festival of Peace, le 31 mars 1815,
avec Allen et Moore; dans Surrender of Calais et Ella Rosenberg au bénéfice de
Moore, le 7 avril 1815; dans Julius Caesar et Festival of Peace au bénéfice
d'Allen, le 12 avril 1815 ( The Albany Argus, 28 et 31 mars, 7 et 11 avril 1815;
voir le 7 février 1815). Elle joue aussi dans une soirée dédiée aux femmes, Wives
as they Were, and Maids as they Are suivie d'une farce, The Review, Or the
Wags of Windsor, à son bénéfice et à celui de madame Placide et de
mademoiselle Ellis, le 19 mai 1815 ( The Albany Register, le 19 mai 1915).
(15)
Burger confond parfois les salles des rues Saint-Nicolas et Saint-Paul (1974,
114). Réaménagée, la salle de la rue Saint-Paul allait loger le deuxième hôtel
Mansion House, tenu par Pierre Martinant, en remplacement du premier, rue
Bonsecours, détruit par un incendie en mars 1821. Le premier Mansion House
avait appartenu à John Molson (Massicotte 1928, 53). Le second était assez
prestigieux pour que Lord Selkirk y ait eu ses appartements et que Sir Peregrine
Maitland, lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, y ait séjourné; on y organisait
encore un banquet à Lord Dorchester et une rencontre du Beaver Club en mai
1624 quand Molson entreprit de construire en avril un Masonic Hall et un Theatre
Royal sur les ruines du premier Mansion House.
(16)
Mills, un ancien du Chesnut Street Theatre de Philadelphie, mourut des
séquelles de la fièvre jaune pendant son séjour à Montréal où il mourut. Il fut
exposé dans son théâtre pendant une tempête épouvantable. Charles Durang qui
s'y trouvait a tiré de l'événement un récit gothique qui permet de comprendre à
partir d'un cas extrême l'état d'esprit des comédiens étrangers devant la mort : "La
nuit d'après sa mort une violente tempête s'est levée. Nous avons veillé au corps
toute la nuit. À part les enfants de Thespis, pas âme qui vive dans tout le théâtre
sauf un soldat anglais ..., un jeune homme de mérite qui jouait à l'occasion et
possédait un extraordinaire répertoire. Au matin, la tempête avait été si forte que
nous ne pouvions ouvrir les portes du théâtre, pas même descendre dans la rue et il
sonna midi avant que nous puissions obtenir de l'aide des déneigeurs .... Glover,
notre pauvre soldat anglais, avait failli perdre la vie en sautant [d'une fenêtre de
l'étage] pour aller prendre son poste à la barraque. // Nous n'avions que bien peu
d'amis en ce lieu qui avait toutes les apparences d'une colonie pénale sibérienne.
Montréal n'était pas une grande ville alors. Ses maisons de pierre, ses toits de tôle,
ses portes et ses volets ferrés lui donnaient l'apparence d'une immense prison, et
ses rues étroites obstruées par la neige étaient comme de sombres corridors
menant aux portes des différentes cellules. Quelques habitants canadiens, arpentant
les rues avec leurs capots gris, leurs bottes de cuir et leurs bonnets rouges, une
courte pipe à la bouche, étaient les seules personnes qu'on pouvait rencontrer .... //
Le corps, quand l'heure fut venue, fut placé dans un cercueil d'acajou sur un
traîneau, tiré par un cheval et suivi par une demi-douzaine d'acteurs et douze ou
treize messieurs de la ville jusqu'au lieu de l'enterrement [sur le chemin Papineau].
Comme nous passions près du Champ de Mars, champ de parade de la garnison,
nous fumes rejoints par le Colonel Proctor et ses officiers. Ils suivirent à pied notre
pauvre et mélancolique cortège. Pas un spectateur, à peine un individu solitaire,
par ci par là, jetant un regard furtif ou une canadienne nous épiant par la fenêtre au
moment de notre passage. C'était triste, cette immobilité soudaine, rien qu'on
puisse entendre que le craquement de la neige sous nos bottes pendant que nous
marchions lentement. C'était une scène intéressante. Cela tenait du roman. Il
montait en nous un soudain besoin de réflexion. Il surgissait une véritable poésie du
fond tranquille de notre âme. // Au moment où nous sortîmes des murs délabrés de
la vieille ville française fortifiée, avec l'église de Notre-Dame et ses tours enneigées,
avec la ligne des toits de maisons qu'on discernait à peine par dessus les murs,
Montréal apparut comme une petite ville enfouie sous une terrible avalanche. Le
son lointain d'un cor et d'un tambour qui nous venait des barraques, la rangée de
militaire qui suivaient le traîneau tiré par un cheval augmentaient le caractère
impressionnant de l'événement. Un ministre épiscopalien présida la cérémonie
d'enterrement .... Les officiers en paletot bleu, avec leur fourreau à ceinture
blanche, leur écharpe rouge et leur sombre bonnet à aigrette formaient un groupe
pittoresque et imposant autour du pauvre comédien dont la fosse avait été creusée
dans un champ de neige" (C. Durang 1854-55, c. XL, 4 février 1855).
(17)
Cette compagnie n'est pas identifiée. C'est de John Molson et fils que
Tesseyman loue son hôtel (voir le Spectateur canadien, 7 août et 9 octobre
1815).
(18)
Dans la foulée des Jeunes Artistes se situent les Amateurs Canadiens qui
formèrent un "théâtre de société" et offrirent en 1815 la Mort de César de
Voltaire et l'Amour médecin de Molière, en 1816 le Barbier de Séville de
Beaumarchais et Gilles ravisseur de Dhell en janvier, l'Avare de Molière, le
Retour imprévu de Régnard, le Tambour nocturne et Deux billets de Florian en
février. Ils présentèrent l'Avocat Patelin de Brueys et Palaprat, l'Enragéet
Crispin médecin de Hauteroche en novembre, puis le Trésor cachéde
Destouches en décembre dans l'Old Coffee House de Sullivan, rue de la Capitale,
que Robert Tesseyman venait de louer ( The Montreal Herald, 14 mai, 23
novembre et 28 décembre 1816).
Mise à jour le 05 avril 2006
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