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rendus contre eux, serait réellement trop long ; qu'il suffise de savoir que malgré les sentences, les arrêts, la démolition de leur théâtre, les amendes, etc., etc., ils jouaient comme si de rien n'était, et qu'aux interdictions qui leur étaient faites, ils répondaient par des subterfuges qui mettaient les rieurs de leur côté et exaspéraient les comédiens français. Enfin le combat se termina faute de combattants ; les pauvres entrepreneurs forains disparurent les uns après les autres plus ou moins ruinés, et Alexandre Bertrand, qui avait eu l'honneur de soutenir le premier les hostilités, fut un de ceux qui luttèrent le plus longtemps, puisqu'à la foire Saint-Germain de 1719 il faisait encore dresser contre lui procès-verbal, comme ne se bornant pas à ses marionnettes et comme représentant de véritables comédies. Mais ce fut là le dernier épisode de la lutte. Fatigué, vieilli, appauvri, Alexandre Bertrand retourna à ses acteurs de bois, et on le voit encore les faisant jouer à la foire Saint-Germain de 1723 - Il mourut peu après, vers 1725.

(Mémoires sur les Spectacles de la Foire, I, 8. - - Dictionnaire des Théâtres, I, 129 ; IV, 378.)

I

L'an 1694, le jeudi dernier septembre, une heure de relevée, est comparue en l'hôtel et par-devant nous Charles Bourdon, etc., Sulpice Gasteau, femme d'Alexandre Bertrand, brunisseuse, demeurant sur le Pont-au-Change en la maison où est pour enseigne : le Gendarme. Laquelle nous a dit et fait plainte que le jour d'hier, sur les six à sept heures du soir, étant à la foire St-Laurent, dans le jeu des marionnettes qu'ils y ont, où ils jouoient des marionnettes, y seroit venu un particulier, à elle inconnu, vêtu d'un justaucorps gris-blanc avec des paremens bleus, veste noire, en épée, lequel auroit voulu entrer sans payer : Jeanne Bertrand, femme de Jean Robert, belle-sœur de la plaignante, qui étoit à la porte, s'étant voulu opposer à son entrée, ledit particulier lui auroit fait plusieurs violences, battu, déchiré sa coiffe et entré malgré elle dans ledit jeu, en jurant et blasphémant le saint nom de Dieu, la traitant de b....., de g....., et autres injures ; étant monté sur le théâtre pour tout briser et rompre, voulut mettre l'épée nue à la main, l'ayant tirée à moitié hors du fourreau, ce que voyant la plaignante lui auroit saisi son épée crainte d'en être tuée, ainsi que ledit particulier l'en menaçoit. Icelui particulier, se disant


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Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
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