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II

L'an 1689, le mercredi 31e et dernier jour d'août, dix heures du soir, est venu par-devers nous, César-Vincent Lefrançois, etc., en notre hôtel sis rue Beaurepaire, Jean Bertrand, joueur des menus plaisirs du Roi, demeurant rue St-Denis : Lequel nous a fait plainte et dit qu'Alexandre Bertrand, son frère, aussi joueur des menus plaisirs du Roi, au préjudice de la sentence qui a été rendue par M. le lieutenant criminel faisant défense respective entre eux de se méfaire ni médire, ledit plaignant qui tient ses jeux au préau de la foire St-Laurent proche ledit Alexandre Bertrand, est journellement insulté par ledit Bertrand et ses gagistes, empêchant le plaignant de gagner sa vie ; et quand il vient du monde pour entrer dans leurs jeux, ledit Alexandre Bertrand et ses gens décrient les jeux du plaignant, disant que ce n'est rien qui vaille, que ce sont des marionnettes de dessus le Pont-Neuf : Et lorsque le plaignant fait son jeu, des particuliers apostés par ledit Alexandre Bertrand crient hautement, nommant les gagistes dudit plaignant ; en sorte que lesdits gagistes veulent quitter le plaignant, ne voulant pas être connus dans le jeu, étant maîtres de danse : même se jettent sur le plaignant, sa femme et ses gens, en sorte qu'il seroit arrivé cejourd'hui, sur les quatre à cinq heures, que ledit Bertrand ayant envoyé de ses gens au-devant du jeu du plaignant, le nommé Triboulet, son garçon, remontrant aux gens dudit Alexandre Bertrand qu'il ne falloit pas aller sur les terres les uns des autres, les gens dudit Bertrand auroient commencé à battre ledit Triboulet à coups de canne, coups de poing et de pied : la femme du plaignant allant pour séparer ledit Triboulet, les gens dudit Bertrand l'auroient battue à coups de pied et de poing ; en sorte que, étant grosse d'un enfant, elle est en danger. Et Alexandre Bertrand et ses gens menaçant de coups d'épée et poursuivant les gens du plaignant, en sorte qu'ils ne sont pas en sûreté de leurs personnes ; les traitant de b....., de voleurs, de chiens : lesquelles insultes empêchent le plaignant de gagner sa vie ; ce qui l'auroit obligé de venir par-devers nous nous rendre plainte.

Signé : JEAN BERTRAND ; LEFRANÇOIS.

Et le lundi cinquième jour de septembre 1689, heure de midi, est de rechef comparu en l'hôtel de nous, commissaire susdit, ledit Jean Bertrand, lequel, en continuant la plainte ci-dessus, nous a dit et fait plainte que le jour d'hier, toute l'après-midi, ledit Alexandre Bertrand et ses gens auroient insulté le plaignant et sa femme, disant qu'il étoit un b..... de chien, un diable, qu'il avoit tué un enfant dans le corps de sa femme, venant au-devant de la porte du plaignant et lui ôtant ses compagnies. Et, sur les neuf heures du soir, ledit plaignant revenant de la foire St-Laurent, ledit Alexandre Bertrand, le


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Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
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