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Entendriez-vous malice à ce vers-là ? Pour le coup, c'en est trop. Vous avez assez d'esprit pour m'en prêter, mais je vous dois déjà beaucoup, et je ne veux pas me surcharger d'obligations nouvelles. Vous finissez votre épître par un quatrain barbare, anti-poétique et surtout maladroit. Le public, dont la faveur vous enivre, n'aime pas qu'on s'en targue insolemment pour humilier les autres. Enfant gâté de ce public, vous ne connoissez que ses bienfaits, apprenez à connoître, à respecter son équité. Rayez-moi donc ce quatrain impoli ; je ne sais pas ce qu'il vous a coûté, mais l'eussiez-vous eu pour ce qu'il vaut, vous auriez fait un mauvais marché. Sordes emere stultum est. Je vous demande pardon d'avoir parlé latin. Il faut terminer. Je réprime des sarcasmes assez gais qui s'offrent à mon imagination. Tenez-moi compte de ce que je ne vous ai pas dit, et convenez que votre lettre méritoit une autre réponse. Vous n'en êtes pas moins très-honnête, car vous l'avez dit, et je suis assez crédule pour ne demander à personne ce que je dois en penser. J'ai l'honneur d'être, etc. Signé : Parisau. »

Malgré cette spirituelle épître, c'est Parisau qui avait tort de se plaindre, car Audinot s'était conduit loyalement dans cette affaire. C'est du moins ce qu'affirme Mayeur de Saint-Paul dans une lettre insérée dans le Chroniqueur désœuvré (1). Mlle Bonnet,

(1) Cette lettre est ainsi conçue : « Aux auteurs du Journal de Paris. Messieurs, je viens de recevoir votre journal et l'ayant ouvert avec l'empressement qu'on met à posséder ce qui sait nous intéresser et nous plaire, mes yeux se sont arrêtés sur une lettre signée du sieur Audinot, directeur du spectacle connu sous le nom de l'Ambigu-Comique. Comme je suis en partie l'instrument de l'altercation élevée entre MM. Audinot et Parisau et que je puis rendre au premier toute la justice qu'il réclame, vous m'obligerez, Messieurs, de faire part au public de la déposition que je remets entre vos mains puisque votre journal est le dépositaire de la réclamation du sieur Audinot. Jouant à son spectacle et ne cherchant, après le désir de plaire au public, que celui d'être agréable et utile à mon directeur, je lui présentai la demoiselle Bonnet (connue sous le nom de l'Amour depuis qu'elle a joué ce rôle au spectacle des Élèves), que j'avois pris soin de former pour nos théâtres, en lui faisant quelques rôles dans de petites pièces que je composois pour des sociétés. Douée d'une intelligence surprenante, je m'imaginois que cette enfant, âgée de sept ans et demi, après avoir fait le charme de bon nombre d'assemblées, seroit reçue avec transport par le sieur Audinot. Mes espérances furent déçues ; elle entra donc aux Élèves de l'Opéra. Au milieu de l'année passée, sa mère, voyant le délabrement de ce théâtre, me pria de l'offrir de nouveau au sieur Audinot. Je le fis ; nouvelles marques d'indifférence de sa part. Enfin, ayant récidivé pendant cette dernière quinzaine de Pâques (toujours aux sollicitations de sa mère) et cette fois satisfait du sieur Audinot, je lui amenai la demoiselle Bonnet. Je fus témoin de leur conversation et je puis attester comme l'allègue le sieur Audinot qu'il a refusé d'engager ladite demoiselle Bonnet avant le terme où expirent les engagemens de comédie. Il alla même jusqu'à la refuser encore en disant que le public [...]


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Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
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