260

dit qu'au mépris des lettres patentes de son établissement et des règlemens de police et arrêts du Parlement, il a appris que plusieurs particuliers ont des troupes de danseurs de corde dans le préau de la foire Saint-Germain et aux environs d'icelle, s'ingérant de faire danser, chanter et garnir leur orchestre d'un plus grand nombre d'instrumens qu'il ne leur est permis d'avoir, et qu'attendu qu'il a intérêt d'empêcher leurs entreprises, il nous requiert vouloir avec lui nous transporter dans les lieux et endroits où lesdits particuliers jouent, chantent et dansent à l'effet de dresser procès-verbal de ce qu'il conviendra.

Signé : GUYENET.

Sur quoi nous, commissaire, etc., sommes avec lui transporté, au susdit préau de la foire Saint-Germain-des-Prés, dans la loge des nommés Dolet et Delaplace, associés, où étant, avons remarqué dans l'orchestre deux violons et une basse, et après la danse de corde finie plusieurs acteurs et actrices ont paru sur le théâtre, ont joué la Fille capitaine (1), comédie en trois actes, dans laquelle on dialogue depuis le commencement jusqu'à la fin. Dans le second acte une actrice chante une chanson italienne, et dans le troisième plusieurs acteurs et actrices viennent sur le théâtre deux à deux, font un tour et se rangent à droite et à gauche, et ensuite un arlequin et une arlequine dansent en paysans, une actrice suit et après elle un Ésope. Ensuite plusieurs acteurs et actrices chantent seuls et les autres répondent en chœur, et la pièce finie Arlequin s'est démasqué et est venu annoncer pour le divertissement de demain Arlequin toujours Arlequin et les Fourberies de Scaramouche. Dont et de tout ce que dessus avons dressé le présent procès-verbal.

Signé : GUYENET ; BORTHON.

( Archives des Comm., no 4191.)

V

L'an 1709, le 3e jour de mars, quatre heures de relevée, en notre hôtel et par-devant nous Jean Demoncrif, etc., sont venus Florent Carton, sieur Dancourt, et Paul Poisson, comédiens ordinaires du Roi : lesquels nous ont dit que, au préjudice des sentences de police et arrêts confirmatifs d'icelles qui font défense aux nommés Charles Dolet, Alexandre Bertrand, Antoine Delaplace, danseurs de corde et joueurs de marionnettes, et à toutes autres personnes de quelque état, condition et qualité qu'ils soient de jouer et représenter en cette ville de Paris aucune comédie, ni autre divertissement qui y aient rapport avec condamnation d'amende et dépens, et que par autre arrêt du 19 février dernier, rendu avec ledit Dolet et autres, il est ordonné entre autres choses, que son théâtre sera démoli et de ce que, en exécution dudit arrêt, lesdits sieurs comparans aient fait démolir ledit théâtre, néanmoins

(1) La Fille savante, ou Isabelle fille capitaine, pièce en monologues.


Previous Home Next

See also:
Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
The WWW Virtual Library of Theatre and Drama.
This project is supported by the British Academy, the AHRB,
the UK Higher Education Funding Councils (HEFCE)
and Oxford Brookes University, Oxford, United Kingdom.
Copyright © 1996-2000 Barry Russell. All rights reserved.
barry@foires.net.