auroit d'abord eu le malheur d'être persécutée par son propre père, qui demeure à l'entrée de la rue Saint-Médard, chez le premier marchand de vin à gauche, faisant aussi voir la lanterne magique ; que pour se garantir d'un funeste événement elle auroit eu, en second lieu, aussi le malheur de précipiter sans distinction le premier mariage qui s'est présenté en épousant ledit Ménard ; qu'elle s'est cependant toujours appliquée au bien de leur ménage et a eu pour son mari toutes les attentions possibles sans qu'il puisse lui faire aucun reproche ; qu'elle s'est insensiblement aperçue que ce mari avoit de mauvaises inclinations et une mauvaise conduite, qu'il se livroit à toutes sortes de passions et notamment à celle du vin et à la dissipation du peu de bénéfices qu'il faisoit journellement et de celui d'elle comparante ; non content de ce, lorsqu'il ne pouvoit pas suffire à son extrême dissipation, il emportoit et vendoit les meubles de leur ménage, et lorsqu'elle vouloit lui faire quelque représentation pour lui inspirer de la raison et lui faire sentir à quel point il les réduisoit, il s'échauffoit et la maltraitoit cruellement sans aucune retenue, humanité, ni distinction des endroits où il lui portoit de cruelles voies de fait, ce qui arrivoit presque journellement ; de sorte qu'elle s'est trouvée obligée (après avoir mis tout en usage inutilement pour faire changer son mari de conduite) d'abandonner son ménage , tant pour mettre sa vie en sûreté, que parce qu'elle n'y trouvoit aucun secours et qu'elle ne pouvoit assouvir la consommation et la dissipation de son mari ; qu'elle s'est retirée à Bruxelles pendant quatre mois et est revenue depuis huit jours en cette ville, s'est logée rue de Jouy, chez le sieur Dumont et sa femme, en attendant qu'elle puisse prendre une chambre au terme de Pâques ; que son mari ayant appris qu'elle étoit de retour, voudroit l'obliger de retourner chez lui dans une chambre, rue Mouffetard, au 3e étage, où il n'y a pour ainsi dire que les 4 murs, n'y ayant qu'un méchant lit et des effets d'aucune valeur : ce qu'il ne veut exiger que pour lui dissiper de nouveau le petit bénéfice qu'elle fait journellement dans sa profession et qu'elle économise pour se faire subsister honnêtement et tâcher de soulager le seul enfant qu'ils ont, dont elle veut bien se charger pour lui procurer l'éducation convenable et le retirer des mains d'un père qui n'a ni entrailles, ni conduite, et dont l'exemple pourroit causer un mauvais effet à l'éducation de leur enfant ; qu'il est essentiel pour cela faire de remédier au désordre de la conduite dudit Ménard, soit en le captivant dans un lieu d'où il ne puisse sortir ou en lui en imposant d'une manière qui puisse, pour ainsi dire, le métamorphoser de façons d'agir et de penser, s'il est possible ; qu'en tout cas, un pareil mari ne peut empêcher elle comparante (qui se comporte d'une façon qu'il n'est pas possible de lui rien imputer à mal) d'être libre, de faire usage de sa profession et de donner de l'éducation à leur enfant, ce qu'elle ne pourroit s'il n'étoit pas remédié à la conduite de son mari par l'autorité du magistrat. Auquel mari il est facile, sans lui faire subir le sort de la prison, de le contraindre de se retirer dans son pays natal de Savoie où il a dessein de retourner et il voudroit emmener elle comparante pour être plus maître de l'obséder ; mais, comme elle est

|
See also: Parfaict Mémoires (1743), Le Théâtre de la foire à Paris, Calendrier des spectacles sous Louis XIV The WWW Virtual Library of Theatre and Drama. This project is supported by the British Academy, the AHRB, the UK Higher Education Funding Councils (HEFCE) and Oxford Brookes University, Oxford, United Kingdom. Copyright © 1996-2000 Barry Russell. All rights reserved. barry@foires.net. |