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différentes fois d'y être plus tôt que plus tard pour satisfaire le public. Que, voyant son orchestre dégarni de tous musiciens et entendant le public faire grand train et grand tapage dans la loge en demandant la musique et paroissant être étonné de ce qu'il n'y en avoit pas, craignant même que le spectacle ne manquât et tenant les propos d'un public ameuté, badiné et dupé par celui qui avoit reçu son argent à la porte, lui sieur Fouré fit tout son possible pour tranquilliser le public et lui faire entendre que la musique alloit arriver. Nonobstant quoi beaucoup de particuliers et particulières, qui garnissoient son spectacle, ont pris le parti de s'en aller et de retirer leur argent à la porte où ils l'avoient donné ; et le demeurant du public continua de faire du train et du tapage dans la loge attendu son juste mécontentement. Ce que voyant ledit sieur Fouré, il fit encore tout son possible pour apaiser ceux qui étoient restés dans la loge et ayant appris que ses musiciens étoient attroupés dans un cabaret rue du Temple, se proposant et se promettant de ne pas venir jouer dans son théâtre s'il ne leur donnoit pas l'argent qui étoit par lui dû, il a été dans ce cabaret où il a rencontré le sieur Leroi, sergent d'inspection chargé particulièrement de ce spectacle, qui lui dit : « Allez-vous-en et laissez-moi faire. » Que ledit sieur Leroi étoit pour lors chargé d'argent pour leur donner dans ce cabaret et les engager à venir à leur devoir dans l'orchestre de ce spectacle. Qu'après avoir attendu jusqu'à sept heures moins un quart et lui Fouré ayant continué de faire prendre patience à ceux qui restoient dans sa loge et qui continuoient toujours à faire grand tapage et grand train et dont partie s'en alloit encore en reprenant son argent à la porte, les musiciens sont arrivés et se sont mis à l'orchestre après avoir retardé ce spectacle au moins d'une bonne heure et occasionné de sortir beaucoup de personnes de l'appréciation desquelles il justifiera en tems et lieu. Nous faisant la présente déclaration pour servir et valoir ce que de raison, même nous rendant plainte desdits faits avec réserve de se pourvoir pour ce qui le regarde personnellement contre lesdits musiciens de la manière et ainsi qu'il avisera bon être. Lesquels musiciens se nomment Arnoult, Ledez, Delautel, Brion, Lahaute, violons ; Spourni, Lavallière, Vandeval, bassiers ; Radé, basson, et Lecanu, timbalier.

Jean-Marie Arnoult, musicien et joueur de violon, demeurant rue Montorgueil, au coin de la rue Tireboudin ; François Ledez, musicien et joueur de violon, demeurant rue Ste-Marguerite, quartier St-Germain-des-Prés ; François Delautel, musicien et joueur de violon, demeurant rue des Cordeliers, à l'hôtel du St-Esprit ; Louis-Antoine Brion, musicien et joueur de violon, demeurant grande rue du Faubourg-St-Antoine, près la rue de Charonne ; Wenceslas Spourni, musicien et joueur de basse, demeurant rue des Bourdonnois ; Maximilien Lavallière, musicien et joueur de basse, demeurant rue des Filles-Dieu ; Georges Vandeval, musicien et joueur de basse, demeurant rue Poupée, près St-André-des-Arts ; François Radé, musicien et joueur de basson, et Pierre-Quentin Canu, musicien et timbalier, demeurant rue Neuve-St-Denis, tous composant avec ledit Lahaute, musicien, joueur de violon et répétiteur, qui est absent, l'orchestre du spectacle dudit sieur Fouré, sont ensuite comparus


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See also:
Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
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