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un asile dans le sein paternel, elle n'y trouva qu'amertume et désolation. S'étant mise à genoux aux pieds de son père, lui exposant sa triste situation et lui demandant sa bénédiction, ce père, irrité des poursuites que lui avoit faites son mari en lui formant une demande en justice qu'il n'avoit pas droit de lui faire, loin de recevoir son enfant qui imploroit sa miséricorde, la poursuivit vivement un bâton à la main et la chassa honteusement dehors de chez lui, croyant qu'elle avoit contribué et donné les mains à cette demande. Un femme exposée à chaque instant à perdre la vie avec un mari qui d'ailleurs l'a dépouillée de tous les effets en dévastant généralement tout ce qui lui appartenoit en hardes, linge, argent et marchandises et lui ayant fait perdre sa réputation, son crédit et son commerce , une femme légitime qui se voit humiliée par l'ascendant des concubines ; un enfant rebuté et abandonné de tous ses parens ; enfin, une femme réduite à mendier son bien et par là hors d'état de pouvoir se faire rendre justice des torts et maltraitemens qu'elle a si souvent et si indignement essuyés ; enfin, l'innocence opprimée par tant de traits de noirceur que la vertu seule a pu soutenir et supporter, est réduite et comme forcée de quitter sa patrie pour chercher dans l'étranger les secours qui lui ont été refusés par ses plus proches. Cette femme infortunée, par un effet de la divine Providence, qui n'abandonne jamais ceux qui ont été persécutés injustement, trouva dans le moment même une dame qui, touchée de son état pitoyable, l'emmena avec elle à Lyon, en 1760, où elle est restée jusqu'à présent auprès d'un parent qui lui a procuré pendant tout ce tems ses besoins et son nécessaire. La plaignante, avant son départ de Paris, avoit mis en pension chez une dame de ses amies sa fille âgée de 2 ans et demi ; mais le sieur Gagneur l'a retirée malgré la plaignante et l'a fait élever dès son bas âge à l'exercice des bateleurs. La plaignante, arrivée à Lyon, se trouva pendant quelque tems plus tranquille et croyoit être à l'abri des poursuites de son mari ; mais ce dernier en parcourant les villes de province chaque année après la foire St-Germain, en passant à Lyon, mit tant d'espions en mouvement qu'il découvrit la demeure de sa femme. Cette découverte occasionna à la plaignante mille insultes dans son appartement de la part de plusieurs inconnus, les uns étant des soldats, d'autres de certains quidams portant figures de scélérats. Dans le commencement elle ne savoit s'imaginer de quelle part tout cela provenoit. Ayant appris que son mari étoit à Lyon, elle n'eut plus de doute sur ce fait. Cela est si vrai que chaque fois que son mari est passé à Lyon, pendant les douze années qu'elle y est restée, elle y a été exposée à différentes insultes qu'elle a essuyées. Tantôt c'étoit par des gardes-françoises, tantôt par des soldats dont quelques-uns étoient du régiment d'Aquitaine ; notamment il y a environ quatre ans, ces soldats du régiment d'Aquitaine alloient de nuit et faisoient tapage à sa porte parce qu'elle ne vouloit pas leur ouvrir. D'autres fois ils ont cassé les vitres à coups de pierres et enfin un jour ils s'y rendirent sur l'heure de midi, l'épée nue, cachée sous leur habit : ayant heurté, elle ouvrit, ne soupçonnant pas que ce fussent ces brigands. Tout d'un coup, s'en étant aperçue, elle s'élança en dehors en


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Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
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