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criant au secours et monta en courant par la rampe de l'escalier de l'étage supérieur. Cette activité de la plaignante troubla ses assassins, de façon qu'il n'y en eut qu'un qui pût lui porter un coup de la pointe de son épée dans le dos qui, heureusement, ne fit que couper la robe. Les voisins étant accourus aux cris de la plaignante, ces scélérats prirent la fuite crainte d'être arrêtés et reconnus. La plaignante fut porter ses plaintes au commandant de Lyon qui, ayant donné l'ordre pour les faire arrêter, après trois jours de recherches on ne put en arrêter que deux, sur le signalement donné, qui étoient tous du régiment d'Aquitaine. Ils furent conduits en prison où ils ont resté environ deux mois.

Dans le même tems, elle fut encore poursuivie par un autre brigand, sur la fin du jour, ayant un couteau ouvert à la main et tout prêt à la poignarder ; mais, comme elle ne marchoit qu'en crainte dans la ville, elle étoit surveillante de droite et de gauche pour éviter d'être surprise, en sorte qu'elle s'aperçut de celui qui la suivoit. Elle entra dans une boutique et fit remarquer au marchand le brigand qui était posté en attendant qu'elle sortît ; ce brigand, s'étant aperçu qu'il était découvert, perdit contenance et se retira tout de suite. La plaignante ne laissa pas de se faire accompagner jusqu'à son appartement de crainte d'être encore suivie par le même qui a réitéré ses poursuites pendant environ quinze jours. Les circonstances des tems où le sieur Gagneur étoit à Lyon lorsque sa femme étoit attaquée et poursuivie, font une preuve convaincante que tout cela ne provenoit que de son ordre, n'y ayant d'ailleurs aucun doute sur une autre personne. Depuis la mort du sieur Bertaud père, la plaignante, sa fille, a souvent dit à Lyon qu'elle vouloit aller à Paris pour recueillir la succession de ses père et mère ; mais plusieurs personnes lui défendirent de faire ce voyage parce que sa vie étoit exposée. Cependant, après nombre de lettres réitérées de son frère qui la pressoit vivement de se rendre à Paris, elle s'est enfin décidée à partir de Lyon au commencement de novembre dernier et est arrivée à Paris vers le douze dudit mois. Peu de tems après son départ de Lyon, son mari, qui avoit parcouru le Languedoc et la Provence pour faire voir son éléphant, est venu à Lyon dans les mêmes vues. Ledit sieur Gagneur, arrivé à Lyon, apprit que sa femme étoit à Paris. Il partit sur-le-champ pour Paris afin de savoir si sa femme pouvoit faire des poursuites contre lui pour fait de séparation. L'on présume qu'il y est encore, car le 22 novembre dernier il se rendit chez la veuve Bertaud comptant y trouver sa femme : Cette dernière ne sait pas dans quelle vue, mais elle soupçonne bien des choses et elle croit être bien fondée dans son soupçon puisque le sieur Gagneur, qui étoit accompagné d'un quidam à peu près de même espèce, demanda à ladite Bertaud : « Ma femme n'est-elle point chez vous ? vous la cachez peut-être ? » Et en même tems il chercha partout sur les lits, même jusqu'aux autres étages, ne l'y ayant pas trouvée. L'on ne sait pas bien ce qu'il dit sur ce sujet, mais ce qu'il y a de sûr c'est que le même jour, sur le soir, la plaignante fut avertie d'éviter de passer aux environs de la demeure dudit sieur Gagneur parce


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See also:
Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
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