III
L'an 1775, le vendredi 18 août, trois heures de relevée, est comparu en l'hôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., Michel Languerand, sergent de la garde des cours de poste à la porte du Temple : lequel nous a dit que, à la réquisition du sieur Audinot, maître de spectacle sur le boulevard, il a arrêté un particulier qui a été, lui a-t-il dit, chez lui lui dire des sottises et injures, même a voulu le maltraiter ; lequel particulier il a conduit par-devant nous où est aussi venu le sieur Audinot, pour les entendre.
Signé : LANGUERAND.
Est aussi comparu sieur Nicolas-Médard Audinot, maître de spectacle à Paris, y demeurant rue des Fossés-du-Temple, paroisse St-Laurent : lequel nous a rendu plainte contre le particulier arrêté et dit que ce particulier vient de venir chez lui demander le prix de quelques cachets qu'il a dit venir de la demoiselle fille du comparant, de leçons qu'elle avoit prises d'un maître de musique. Que lui comparant, qui ne savoit que la demoiselle sa fille dût quelque chose à des maîtres de musique, dit à ce particulier qu'il ne devoit rien à personne et surtout au maître de musique qui l'envoyoit, disoit-il, chez lui. Et s'étant à l'instant informé du fait à la demoiselle sa fille, elle lui a dit qu'elle ne connoissoit pas ce que ce particulier demandoit ; et lui, sur ce qu'il a dit à ce particulier de se retirer et d'aller dire à ceux qui le commettoient de venir eux-mêmes, ce particulier s'est répandu en impertinences, insolences et, en faisant des menaces, disant qu'il étoit vilain de ne pas payer ses dettes, mais qu'il le feroit bien payer ; et lui ajoutant, en levant la canne, qu'il le rencontreroit et qu'il lui feroit voir qui il étoit. Que lui comparant n'a pu
[...] pareillement déguisé ses véritables noms de fille et de femme tant du vivant que depuis le décès dudit Calame, son mari, et de s'être fait passer publiquement pour femme dudit Nicolas Médard Audinot dont ils se repentent et demandent pardon à Dieu, au Roi et à la justice, les condamnons à trois livres d'amende envers le Roi à prendre sur leurs biens. Et pour l'exécution des présentes ordonnons que lesdits Nicolas-Médard Audinot et Françoise Cailloux veuve Calame passeront à l'instant les guichets de la prison du Grand-Châtelet pour y être écroués à la requête du procureur du Roi par Gilles, huissier audiencier de service. Et en ce qui concerne la requête dudit Nicolas Médard Audinot à fin de réformation des actes y mentionnés, disons qu'il sera sursis actes fait droit sur ladite requête et qu'à la requête du procureur du Roi, les parens et amis de la mineure Josèphe-Eulalie seront convoqués en l'hôtel de M. le Lieutenant civil au premier jour pour donner leur avis sur le contenu en ladite requête qui leur sera communiquée, pour sur le procès-verbal qui en sera dressé être ordonné ce qu'il appartiendra. Disons aussi que la présente sentence sera à la diligence du procureur du Roi imprimée et affichée dans tous les lieux et carrefours accoutumés de la ville et faubourgs de Paris et partout où besoin sera. Fait et jugé le 19 janvier 1776 par messire Denis-François Angran d'Alleray, lieutenant civil de la ville, prévôté et vicomté de Paris ; M. Petit de 1a Honville, lieutenant particulier au Châtelet, etc. etc. » Ensuite de cette sentence est le procès-verbal d'exécution, signé Moreau, greffier, et qui constate que Nicolas-Médard Audinot et Françoise Cailloux ont subi le blâme dans la chambre du Conseil du Châtelet de Paris, le lendemain 20 janvier.

|
See also: Parfaict Mémoires (1743), Le Théâtre de la foire à Paris, Calendrier des spectacles sous Louis XIV The WWW Virtual Library of Theatre and Drama. This project is supported by the British Academy, the AHRB, the UK Higher Education Funding Councils (HEFCE) and Oxford Brookes University, Oxford, United Kingdom. Copyright © 1996-2000 Barry Russell. All rights reserved. barry@foires.net. |