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Cet arrêt n'étoit que confirmatif des anciens priviléges de l'Académie de musique et ne l'autorisoit pas à frauder le traité qu'elle avoit librement et régulièrement souscrit avec le suppliant ; néanmoins elle crut voir, dans cette émanation de ce traité qu'elle avoit elle-même provoqué, le dégagement absolu de ses obligations et fit dire au suppliant que s'il vouloit être maintenu dans la jouissance de son spectacle, il falloit qu'il offrit une nouvelle contribution ; qu'il avoit des concurrens et que c'étoit le seul moyen de les écarter.

Il n'est pas possible de peindre l'étonnement que lui causa cette étrange proposition. Il avoit sous les yeux le traité fait avec le directeur général de l'Académie de musique et il y lisoit ces mots « … ; lequel consent, de la part et au nom de ladite Académie royale de musique, de le laisser jouir de son spectacle et entreprise dans l'état où il est présentement, sans aucune innovation. » Le suppliant ne pouvoit concevoir qu'au mépris de dispositions aussi formelles et après une exécution respective de plusieurs années, on le dépouillât tout à coup des droits qu'il avoit légitimement et chèrement acquis.

Le suppliant fit ses représentations. Il observa, mais inutilement, aux directeurs que l'Académie jouissoit de tous les droits dès qu'elle pouvoit les contracter, que les lois daignoient veiller à la sûreté de ces conventions trop légalement établies et qu'il n'étoit ni juste ni utile pour le corps de prétendre avoir le droit de les violer. On le fit prévenir que sa résistance seroit mal accueillie et que le seul parti prudent qu'il eût à prendre étoit d'aller chez le sieur Margantin, notaire, faire sa soumission de la redevance annuelle qu'il entendoit servir à l'Opéra.

On doit sentir que le suppliant ne pouvoit se refuser à ce que l'Opéra exigeoit de lui. A quoi en effet lui eût pu servir sa résistance et même le succès dont elle eût été infailliblement suivie  ? Le suppliant prit donc le parti de se soumettre et il passa chez le sieur Margantin une soumission ainsi conçue : « Je soussigné Nicolas-Médard Audinot, entrepreneur de l'Ambigu-Comique, promets et m'engage de payer à la caisse de l'Opéra (le quart des pauvres prélevé) le dixième du produit réel de chaque représentation et ce l'espace de tems que l'on conviendra respectivement de part et d'autre. Fait à Paris, ce 22 août 1784. »

Le suppliant avoit tout lieu de se flatter que, par égard pour sa résignation et par esprit d'équité, les directeurs, dans le cas où ils n'agréeroient pas cette offre, lui feroient dire au moins qu'elle étoit insuffisante et que tous ses rivaux en faisoient une supérieure ; la règle exigeoit même que cela se passât ainsi. Peut-être eût-il couvert leurs mises et eût-il proposé à l'Académie une augmentation de revenu et plus de certitude dans le payement. Car pourroit-on croire que les sieurs Gaillard et Dorfeuille, qui sont ses adjudicataires, qui par impéritie ou inconduite ont déjà échoué dans les entreprises des spectacles de Lyon et de Bordeaux, auront un succès durable dans une carrière infiniment plus difficile et moins lucrative  ? Le spectacle de l'Ambigu-Comique a donc été adjugé à ces deux hommes à l'insu de l'ancien propriétaire, du créateur. Ils ont été tout à coup et sans qu'il en fût averti substitués à ses travaux,  


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Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
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