actuelle met obstacle à mes désirs. J'ai cependant une lueur d'espérance et, en attendant mieux, je vous envoie un placet que j'ai pris la liberté de présenter aux dames chez qui le vrai mérite trouve toujours un appui. Adieu, ma chère Mademoiselle Criquet, continuez vos utiles et savantes lectures, vous êtes faite pour aller loin ; c'est ce que vous présage celui qui a l'honneur d'être, avec toute la circonspection possible, Mademoiselle, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
NICOLET, PANTOMIME INDIGNE.
P. S. Dans l'instant où je vous écris, Mademoiselle, je reçois une permission de parler, mais hélas ! quelle permission ! Celle de jouer quelques petites scènes détachées, sans noeud, sans intrigue, sans dénouement : ce seroit prostituer vos talens que de vous offrir des rôles dans de pareilles misères : vous êtes faite pour les grandes choses et si j'étois assez heureux pour que mon Placet aux dames pût m'obtenir une permission plus étendue, je vous détacherois aussitôt un courrier.
PLACET AUX DAMES.
Vous, l'aimant des mortels ; vous, de qui les regards
Font naître dans Paris les talens et les arts ;
Vous, le centre du goût ; vous, de qui le suffrage,
A l'auteur le plus foible inspire du courage ;
Vous, qui, dans tous les tems, la nuit comme le jour,
Promenez sur vos pas les plaisirs et l'amour ;
Vous, par qui tout s'amuse et sans qui tout s'ennuie,
Astre de notre coeur, source de notre vie,
Beau sexe, permettez que le sieur Nicolet
Vous présente aujourd'hui son très-humble placet.
Mes honneurs sont détruits, ma grandeur éclipsée,
On me ferme la bouche et ma langue est glacée.
O vous qui concevez jusqu'à quel point, hélas !
Il est cruel de vivre et de ne parler pas,
Mesdames, plaignez-moi. Dans les jours de ma gloire,
Je n'avois que pour vous enrichi ma mémoire
Des bons mots de Corneille et des sublimes riens
Que Messieurs des François et des Italiens
Présentent tous les jours à vos chastes oreilles ;
Des ennemis jaloux m'enlèvent ces merveilles.
Que devenir ? Que dis-je ! Ah ! par mes jeux nouveaux
Je vais faire, sur pied, sécher tous mes rivaux.
Vous ne me verrez plus, ô beautés radieuses,
Envelopper, cacher sous des gazes heureuses
Ces traits fins et piquans, ces couplets délicats
Dont vous pouviez sourire et ne rougissiez pas ;

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