« On ne peut rien reprocher à cet égard à aucun des autres spectacles, où les acteurs se font une loi d'observer la bienséance et la modestie convenables. Et si l'on vouloit juger sans partialité, on reconnoîtroit aisément qu'ils sont une école de bon goût et de bonnes moeurs et que l'Opéra-Comique en est une au moins de frivolité.
« La bonne compagnie, qui ignoroit autrefois le langage trivial et grossier, est obligée de se transporter aujourd'hui pour suivre le torrent qui l'entraîne dans la boutique de Blaise le Savetier (1) pour voir s'il a l'esprit, le jargon et le dégoûtant de son état, tandis que nos plus belles pièces sont abandonnées.
« L'Opéra pourroit-il d'ailleurs se faire illusion sur le tort réel que lui fait l'Opéra-Comique ? Les directeurs de ce spectacle tiendroient-ils à la petite rétribution qu'ils en retirent, la regarderoient-ils comme un dédommagement ? Ce seroit une erreur bien grossière. L'abandon presque général de leur spectacle, l'inutilité des efforts qu'ils ont faits jusqu'à présent pour y ramener le public, leur prouve combien le mauvais goût a gagné sur lui. La musique de ses plus beaux ouvrages ne le flatte plus et bien des partisans de l'Opéra-Comique trouveroient sans doute les prétentions de Rameau outrées, s'il osoit s'égaler à l'auteur du Maître en droit (2). La Boutique du maréchal (3) fait plus d'effet que n'en feroient le Palais d'Armide (4) et le Temple du soleil. Ses actrices, qu'on ne devroit peut-être pas honorer de ce nom, sont mises à côté des Clairon, des Arnould. Toutes les têtes sont renversées, on est dans le délire, le mal gagne et la contagion peut devenir funeste. Les étrangers, de qui nous étions les maîtres, vont devenir nos modèles, et nous touchons à la barbarie si l'on ne s'occupe très-sérieusement à ramener le goût par le sacrifice d'un spectacle tout à fait vide de choses. Le projet de réunion
et une régularité qu'il est difficile de critiquer. Le nom et le titre de la Rose ne jette aucune idée sale par lui-même : on dit tous les jours dans le commerce du beau monde, cueillir la rose, quand on parle d'un galant qui a saisi les premières faveurs d'une jeune personne ; ainsi on ne peut attaquer le titre. Il n'en est pas de même des autres termes qui sont répandus dans la pièce et qui peuvent faire naître quelques applications dangereuses ; ces termes sont : Rose, jardin, houlette, voir le loup. Je ne crois pas qu'il faille les retrancher par rapport à la malignité dont on peut être affecté, d'autant plus que si on retranche ces mots ou les phrases qui contiennent ces mots, il faudra retrancher toute la pièce. Scène XII, vers la fin, j'ai retranché ces mots : « Jusqu'à la vache du compère Panier dont on parlera à jamais en disant qu'il n'en faut pas parler », parce que j'ai eu peur de l'application. Au reste, plus j'examine la pièce et plus je la trouve dans les bienséances du théâtre : toutes les malignes interprétations que l'on peut donner à la Rose, à la Houlette, ne sont que des interprétations. Il faut dans les ouvrages s'attacher au sens que les paroles donnent par elles-mêmes et ne pas s'attacher à la torture et à la violence que les esprits de travers peuvent donner. » (Dictionnaire des Théâtres, III, 116.)
(1) Blaise le Savetier, opéra comique en un acte, en prose , mêlé d'ariettes et de vaudevilles, tiré d'un conte de La Fontaine, paroles de Sedaine, musique de Philidor, joué le 9 mars 1759.
(2) Le Maître en droit, pièce est deux actes, tirée d'un conte de La Fontaine, paroles de Monnier, musique de Monsigny, jouée le 11 février 1760.
(3) Le Maréchal, opéra comique en deux actes, en prose, mêlé d'ariettes et de vaudevilles, musique de Philidor, plan de l'ouvrage par Serrière, ariettes par Anseaume et Quétant, joué le 22 août 1761.
(4) Armide, tragédie lyrique en cinq actes et un prologue, paroles de Quinault, musique de Lully, représentée pour la première fois à l'Académie royale de musique le 15 février 1686.

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