I
L'an 1714, le samedi 22e jour de septembre, environ les quatre heures de relevée, est comparu par-devant nous Louis Poget, etc., Étienne Milache, sieur de Moligni, comédien ordinaire du Roi, tant pour lui que pour les autres comédiens du Roi, desquels il nous a dit avoir charge et pouvoir : Lequel nous a fait plainte contre le sieur Pellegrin, chef d'une troupe de danseurs de corde, et dit que, au préjudice de plusieurs sentences rendues par M. le Lieutenant général de police, arrêts confirmatifs d'icelles et règlemens du Parlement et arrêts du Conseil qui font défense à tous danseurs de corde de jouer et représenter sur des théâtres publics aucune pièce en comédie par dialogues, colloques, monologues, ni de quelque autre manière que ce puisse être, sous les peines y portées, même de démolition des théâtres ; néanmoins ledit sieur Pellegrin et autres chefs de troupe de danseurs de corde, au mépris desdits arrêts et règlemens, ne laissent pas de faire jouer et représenter publiquement et journellement des pièces de théâtre et comédies suivies par scènes et actes sur des théâtres publics qu'ils ont fait élever à cet effet aux environs de la foire St-Laurent, dans lesquelles pièces les acteurs et actrices se parlent et se répondent les uns aux autres en prose selon le sujet de la pièce comique qu'ils représentent et jouent, ce qui forme des comédies complètes et est absolument contraire auxdits arrêts. Pourquoi il nous requiert de nous transporter heure présente dans la loge et salle dudit sieur Pellegrin à la foire St-Laurent, où se jouent et se représentent lesdites comédies, à l'effet de dresser procès-verbal desdites contraventions auxdits arrêts et règlemens, ce qui fait un tort d'autant plus considérable auxdits comédiens du Roi et contraire aux priviléges qu'il a plu à Sa Majesté de leur accorder pour leur établissement, qu'ils sont obligés de soutenir avec de grands frais et dépenses l'hôtel de la Comédie, rue des Fossés-St-Germain, dans le fonds duquel ils se trouvent tous engagés pour plus de 300,000 livres.
Signé : E. M. DE MOLIGNI.
En conséquence, nous sommes transporté ledit jour 22 septembre, sur les cinq heures du soir, en la salle et jeu de danse de corde dudit sieur Pellegrin, en la foire St-Laurent où, après le jeu de danse de corde fini, il a été représenté sur un théâtre orné de lustres et de décorations différentes, une pièce comique qui a pour titre : Amphytrion, ou les Deux Arlequins (1), en plusieurs
(1) Amphytrion, parodie en trois actes et en vaudevilles, de la pièce de Molière du même nom, par Raguenet, acteur forain. A la fin de la parodie, Amphytrion veut tuer Jupiter d'un coup de fusil, mais celui-ci pour le calmer chante le vaudeville suivant :
Cocu n'est pas un fort beau nom,
C'est un titre qui blesse
Mais des cornes de ma façon
Sont titres de noblesse !
Raguenet jouait très-vraisemblablement le principal rôle dans la pièce.

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