plaignant aux conditions de laisser auxdits Sallé et Vienne tout ce qui seroit d'attache et scellé au théâtre et d'en retirer le mobilier. Qu'il fut fait entre eux à cet égard une convention, à la vérité verbale, que le plaignant jouiroit gratuitement de sa loge en entier jusqu'à la foire St-Germain lors prochaine, c'est-à-dire jusqu'au premier février dernier, sauf à faire de nouveaux arrangemens si le plaignant vouloit en jouir au retour de ladite foire. Qu'en vertu de cette convention le plaignant a toujours gardé la clef de sa loge et en a joui paisiblement jusqu'au 26 janvier dernier qu'il s'y présenta accompagné de deux personnes, ainsi qu'il l'avoit fait plusieurs fois. Qu'il entra avec sa compagnie dans sa loge sans aucune opposition et il ne devoit pas y en avoir. Que ce spectacle commence par le jeu de marionnettes. Que ce jeu exécuté et au moment de commencer la première pièce qui étoit Sanson suivi d'Annette et Lubin (1), Sallé se présenta à la loge du plaignant et lui dit qu'il vouloit lui parler. Que le plaignant sortit à deux pas sur le théâtre et qu'alors Sallé lui demanda une place pour une fille qui étoit dans la salle. Le plaignant lui répondit qu'il ne recevoit pas de fille, que sa loge étoit occupée et qu'il n'y avoit pas de place. Que Sallé persista à en vouloir une, et le plaignant ayant constamment refusé de la donner, Sallé le menaça de le faire sortir et sa compagnie de la loge ou d'en payer les places en ajoutant qu'elle lui appartenoit. Que le plaignant lui répliqua qu'il ne le craignoit pas et cependant lui offrit le prix des places pour éviter du bruit. Sallé, sans accepter cette offre, apostropha le plaignant de f..... drôle, de f..... polisson, à quoi le plaignant ne répondit rien et rentra dans sa loge. Observe le plaignant que d'après la convention il n'étoit pas tenu de payer pour les personnes qu'il menoit dans sa loge et que ce payement ne lui avoit jamais été demandé. Que tout étoit rentré dans le sein de la tranquillité lorsqu'on vint de nouveau appeler le plaignant. Qu'il sortit la tête de sa loge et il y vit Vienne dans le costume de Sanson à qui il demanda ce qu'il vouloit. Que celui-ci répondit avec impudence au plaignant qu'il le trouvoit bien insolent d'avoir insulté Sallé, son associé. Que le plaignant lui répliqua qu'il lui diroit cela dehors et lui réitéra l'offre qu'il avoit faite à Sallé de payer les places de sa loge, toujours dans les vues de ne pas causer de trouble dans un lieu public : « Oui » dit Vienne, « payez sur-le-champ. » Qu'alors le plaignant lui paya les places de sa compagnie et la sienne même et qu'après ce payement Vienne lui dit : « C'est bon ! mais ici comme dehors je vous f..... des coups de bâton. » Le lieu interdisant la vengeance qu'inspire le premier mouvement, le plaignant se renferma dans toute sa prudence, il sortit même après le spectacle sans rien témoigner à ses agresseurs. Que quelque tems après le retour de ces entrepreneurs de la foire St-Germain, le plaignant s'adressa à Vienne, l'un d'eux, pour se faire restituer les tabourets que le plaignant avoit placés dans
(1) Annette et Lubin, opéra comique, paroles de Marmontel, musique de Laborde, joua pour la première fois à Choisy, sur un théâtre particulier. Samson, tragi-comédie en vers français et en cinq actes, par Romagnesi, représentée pour la première fois à la Comédie-Italienne, le mardi 28 février 1720.

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