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passer au suppliant deux actes aussi illicites qu'onéreux. Le premier concerne un prêt qu'il lui fit de la somme de 3,000 livres le 13 décembre 1736, à condition que ce seroit en forme de société. Le sieur Marquin se chargea de faire rédiger l'acte chez son notaire et il y inséra qu'au moyen de cette avance de 3,000 livres, il prélèveroit moitié du produit journalier de l'exposition de la machine jusqu'à ce que ces 3,000 l. fussent triplées, ensuite qu'il auroit un tiers dans tout le reste du produit à perpétuité et enfin un tiers du prix de la machine en cas de vente. Il supposa dans l'acte qu'il restoit ses 3,000 1. (sic) quoique, dès lors, la statue solfiât, fît les cadences, les ports de voix et autres agrémens de la flûte. Au mois de septembre 1737, la figure finie et n'ayant plus besoin que de quelques décorations extérieures, le suppliant fut encore obligé d'avoir recours au sieur Marquin ; il étoit d'ailleurs pressé par un créancier d'une somme de 500 livres. Le sieur Marquin lui prêta encore 3,000 livres, mais toujours à condition d'employer comme fonds sur la machine ce prêt qui y étoit presque étranger et même d'y comprendre les nourritures et logement qu'il avoit d'abord si généreusement offerts au suppliant. L'acte en fut passé le 30 septembre 1737 ; il est aisé de sentir combien ces clauses sont odieuses. Le sieur Marquin, moyennant 6,000 livres dont partie en logement et nourriture, veut absorber le produit d'une machine qui a coûté plus de 12,000 livres au suppliant qui, d'ailleurs, y a consacré ses talens et un travail assidu de plus de deux ans. Cependant le sieur Marquin, pour soutenir son injustice, vient de le faire assigner au Châtelet de Paris par exploit du 17 du présent mois d'avril ; mais le suppliant espère que Sa Majesté, protectrice des sciences et des arts, ne permettra pas qu'il soit exposé à des poursuites qui, en consumant son tems et les secours qu'il peut tirer de sa machine, l'empêcheroient de suivre ses travaux et de se rendre utile au public ; requéroit à ces causes qu'il plût à Sa Majesté sur ce lui pourvoir : Vu ladite requête, les actes du 13 décembre 1736 et 30 septembre 1737, ledit exploit du 17 du présent mois d'avril, ouï le rapport : Le Roi étant en son Conseil, a évoqué et évoque à soi et à son Conseil la demande formée au Châtelet de Paris par ledit sieur Marquin contre ledit Vaucanson par requête et exploit du présent mois d'avril et icelle, circonstances et dépendances, a renvoyé et renvoie devant le sieur Hérault, conseiller d'État ordinaire, lieutenant général de police, pour y faire droit définitivement et en dernier ressort, Sa Majesté lui en attribuant toute cour, juridiction et connoissance qu'elle a interdite à toutes ses cours et juges (1).

Fait au Conseil d'État du Roi, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles le 26 avril mil sept cent trente-huit. Signé Phélypeaux avec paraphe.

(Commissions extraordinaires du Conseil, V7, no 510.)

(1) Le jugement rendu par M. Hérault ne se trouve pas au dossier. Peut-être y eut-il accommodement entre les parties.


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See also:
Parfaict Mémoires (1743),
Le Théâtre de la foire à Paris,
Calendrier des spectacles sous Louis XIV
, The WWW Virtual Library of Theatre and Drama.
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