Des troupes qui passent, d'autres qui demeurent
Par André G. Bourassa. Soutien multimédia, François Bourassa.
Les tensions puis la guerre ouverte entre Britanniques et Américains durèrent de 1773 à 1781. Il fallut attendre cinq ans avant qu'une troupe américaine, celle d'Allen & Moore, puisse venir au pays. Il ne s'agissait pas d'une troupe française, mais elle a suffisamment contribué à la formation de comédiens d'origine française pour qu'il en soit fait mention.
William Moore avait joué au théâtre de Liverpool en 1779-1780 ( DBC, vol. IV, 601), puis en Jamaïque avec l'American Company de Lewis Hallam l'année suivante. Après une tournée solo de 1775 à travers la Nouvelle-Écosse où il présenta The Court of Momus, Elogium on Free Masonry et The Fashionable Raillery, à Shelbourne le 13 mai et à Halifax du 31 mai au 15 juin, il avait annoncé son départ pour le Québec ( Nova Scotia Gazette and Weekly Chronicle, 7 juin 1885). Mais il contribua au préalable à la réouverture du St. John Street Theatre de New York en août. Il travaillait alors avec les familles de comédiens Allen, Douglass et Hallam.
Edward Allen avait joué au Theatre Royal d'Édimbourg. C'est à lui, resté aux États-Unis, et à Lewis Hallam fils, rentré de Jamaïque après la guerre, qu'était dûe la réouverture officielle du Southwark Theatre de Philadelphie, en mars 1785. Il y avait engagé un officier français spécialiste d'escrime et de performance équestre, Charles Busselot, de même que deux jeunes acteurs et danseurs, John et Catherine Durang, nés en "Nova Belgica" d'un père français et d'une mère allemande - ou wallon et flamande - émigrés d'Alsace.
À New York, en plus des Busselot et Durang, la troupe comptait un acteur musicien, John Bentley et un acteur danseur, Étienne Bellair. On présentait, pour ne nommer que des oeuvres dont la reprise au Québec n'est pas spécifiée : The Touchstone, or Harlequin Traveller et The Witches, or Harlequin in the Moon, avec Hallam en Arlequin, Allen en Pierrot, Catherine Durang en Colombine et John Durang en Tire-bouchon. On donna aussi The Busy Body, The Devil upon Two Sticks, The Ghost, Love à la mode et la même version du Médecin malgré lui que les militaires avaient offerte à Philadelphie (Odell [1927] 1970, vol. I, 232-36).
Allen & Moore quittèrent New York pour Montréal en novembre, s'arrêtant à Albany pour l'hiver. Bellair et Bentley les suivirent, mais pas Busselot ni les Durang, John Durang ne devant venir à Montréal que longtemps plus tard. À Albany, la troupe s'adjoignit officiellement madame Moore et deux acteurs, Duncan et Worsdale; probablement aussi ce flamand du nom de Vandenburgh qui devait tenir quelques rôles à Montréal, de même qu'un musicien du nom de Guillaume Moreau Mechtler, né à Bruxelles de mère wallonne et de père flamand. Des citoyens, qui avaient compris qu'il s'agissait d'un groupe de Loyalistes en route pour un pays resté fidèle aux britanniques, tentèrent d'empêcher les représentations par une requête au conseil de ville et essayèrent aussi de faire démolir l'ancien hôpital français qu'on avait transformé en salle de spectacle (1). Le conseil éluda la question, ne jugeant de son ressort ni de promouvoir ni d'empêcher ce genre d'activités. Le répertoire s'allongea néanmoins d'un drame moralement impeccable, George Barnwell. Le journal du célèbre imprimeur Charles R. Webster, The Albany Gazette, fit bien l'éloge des bonnes moeurs de la troupe au moment de son départ (2), mais comme on avait laissé paraître dans ces pages de pleines colonnes de condamnation, le mot de la fin avait l'air d'un visa de sortie.
Les représentations de Montréal commencèrent le 20 mars 1786 ( la Gazette de Montréal, 16 mars 1786) dans la salle de Simon Levy, place du Vieux-Marché, à côté de l'Auberge des Trois-Rois (3). Duncan avait quitté la troupe mais madame Bentley s'y était jointe de même que William Moore fils et un comédien montréalais du nom de Simon Clarke. Clarke était un jeune fantassin qui complétait ses revenus de demi-solde en tenant auberge et en donnant des spectacles (4). Moore fils était imprimeur de métier et fonda le Quebec Herald (1788-1791), journal qui suivit de près l'activité théâtrale. Il aurait eu paraît-il le titre d'Imprimeur du Roi quand John Durang le rencontra à Québec en 1698, mais la mémoire de Durang pourrait avoir confondu Moore avec Desbarats.
À Montréal, Allen & Moore présentèrent une longue série de pièces, au rythme d'une farce et d'une comédie ou d'un drame par semaine (5). Ils présentèrent aussi quelques traductions d'oeuvres que durent voir les Jeunes Messieurs : The Citizen dont il a été question, The Miser ( l'Avare de Molière) et Miss in her Teens or The Medley Lovers ( la Parisienne de Dancourt) (6). Ils ont également présenté des arlequinades - The Elopement or Harlequin Skeleton (Worsdale en Arlequin, Bellair en Pantalon), The Enchanters or The Triumph of Genius sur une musique nouvelle de Bentley (Moore en Arlequin) - et d'autres pantomimes comme The Italian Gardener et The Sportsman Revels. À Québec, en haut de la taverne de Prenties, ils présentèrent, à part certaines reprises, Catherine and Petruchio, or The Taming of the Shrew, The West Indian et ce prologue pour lequel Moore père portait son costume de Grand Maître, Eulogy on Freemasonry (Odell [1927] 1970, vol. I, 233; La Gazette de Québec, 20 juillet et 3 août 1786).
Il arriva alors ce qui pouvait se produire de mieux pour le théâtre professionnel du pays. Les membres de la troupe - qui avaient sans doute prévu les choses ainsi - décidèrent de rester, profitant des faveurs accordées aux Loyalistes. Carleton leur commanda une pièce, She Stoops to conquer, à jouer à Québec en octobre 1787 en présence du prince William Henry, pièce reprise à Montréal chez Basile Proulx, en face des Récollets (7), et annoncée sur la même page que l'"École à danser" de Dulongpré et une école pour "apprendre à Lire, Écrire & Parler" de Bentley (8). Bellair avait déjà ouvert "une Salle pour enseigner la Dance" (9) et Moreau Mechtler une école de clavecin et de violon ( La Gazette de Québec, 12 juillet 1787) (10). Moore père prit la direction du théâtre de la garnison de Québec, le Thespian, où il déclamait des textes ( la Gazette de Québec, 29 mai 1788) et monta The West Indian et The Miser [ l'Avare] avec Moreau Mechtler en 1789 (Doucette 1984, 228); il ouvrit ensuite une école à Montréal (Burger 1974, 150).
Allen finit par tenir hôtel dans l'établissement de Basile Proulx ( la Gazette de Montréal,10 janvier 1788). Les journaux en parlaient peu ou pas, mais la nouvelle troupe Allen & Company, selon le nom qui lui est donné dans le contrat de location, eut sans doute plusieurs saisons à Québec et à Montréal semblables à la seule autre qui nous soit connue, celle de 1789-1790 ( ibid., 9 mars 1789). Il est probable que les Allen demeuraient toujours à Montréal en 1796 quand madame Allen prit l'affiche avec la troupe de tournée Love & Beatty à Québec en février ( la Gazette de Québec, 11 février 1796) et à Montréal en avril (Burger 1974, 148). On retrouve le nom de leur fils Andrew sur une pétition de Bonne signée par les Montréalais en 1799.
Les Allen sont retournés à Albany mais il a été impossible de découvrir si cela se fit longtemps après 1799. Leur départ fut probablement rattaché, cause ou effet, à la renonciation de John Bernard de venir s'installer à Québec en 1811 pour aller Albany où il tint quelques rôles et fit construire le Green Street Theatre. Les Young sont cités parmi les rares acteurs de 1809-1810 à Montréal, mais les Allen et les Moore ne le sont pas (C. Durang 1854-55, c. XL, 4 février 1855); Moore est pourtant présent aux funérailles de son fils en cette ville en janvier 1813 (archives de Christ Church). Chose certaine, en 1815, Edward Allen, William Moore et Esther Young - née près d'Albany de parents Loyalistes venus à Montréal - obtinrent chacun des soirées bénéfice au théâtre de Bernard (Burger 1974, 169; Phelps 1890, 38-46). Andrew Allen épousa une demoiselle La Combe qui fit carrière à Albany (C. Durang 1854-55, c. LIV, 13 mai 1855) et il ouvrit en cette ville, en 1816, un "southern cafe" nommé "New Orleans Hotel", "presque en face du théâtre ..., grande salle joliment aménagée pour bals et rencontres publiques" ( The Albany Register, 4 juin 1816, p. 4).
L'expérience québécoise d'Allen & Moore, quoique essentiellement anglophone, aura valu trois gains pour le théâtre français : une présence professionnelle prolongée, l'implantation définitive de Bellair et de Moreau Mechtler, de même que l'accessibilité du répertoire au peuple, y compris le répertoire français en traduction.
* * *
Une autre troupe professionnelle devait venir des U.S.A. à Montréal en avril 1788; on sait qu'elle est venue par voie de terre de New York puisqu'il est annoncé qu'on attend le dégel pour effectuer une première visite à Québec. La troupe était sous la direction de Jean Donegani, originaire de Moltrazio en Lombardie, et de Thomas Delvecchio du Lac de Côme. Donegani venait pour de bon. Il était accompagné de sa femme, de leurs trois fils, de leur fille Thérèse et de leur neveu Joseph (11). Au début, Delvecchio & Donegani annoncèrent des spectacle d'adresse technique (comme le soufflage du verre) et corporelle à l'Hôtel de la veuve Malo, à l'angle nord-ouest des rues Notre-Dame et Saint-Pierre, quelques pas à l'est de l'auberge Allen. Donegani allait par la suite posséder un hôtel à Pointe-aux-Trembles et deux à Montréal, le plus connu étant "À l'Enseigne des Trois Rois", du côté est du Vieux-Marché [Place-Royale] où ses gens se produisaient comme "compagnie d'acrobates, de danseurs de cordes et de bouffons", selon l'expression de Charles Durang à leur propos (1854-55, c. XVI, 20 août 1854).
"La Compagnie du Sieur Donegani" donna à Montréal ses premières performances théâtrales connues ( la Gazette de Montréal, 14 août 1788; Tremaine 1952, 256), puis à Philadelphie en 1790, à New York en janvier 1791 et à Montréal en décembre, puis à Philadelphie en février 1792 et à Montréal en septembre, avec chiens savants et "tours de souplesse très-curieux" ( la Gazette de Montréal, 15 décembre 1791) (12). Pourquoi les journaux américains désignaient-ils ces Italiens comme "Frenchmen" ou comme "Company of French Acrobats" (Waldo 1942, 177 et 182)? Parce que c'est la Cour de France qui a rendu le ballet, la commedia dell'arte et l'opéra célèbres à travers l'Europe et a amené plusieurs troupes italiennes des XVIIe et XVIIIe siècles à jouer en Français pour faire concurrence au "Théâtre des Italiens" de Paris. Les Donegani, qui descendaient de leurs montagnes de Lombardie, ne faisaient que suivre, comme les Delvecchio, une coutume établie depuis des siècles (13).
5. Duplessis Turnbull, Durang, Le Gallaudet et L'Estrange.
NOTES:
(1)
La pétition soumise à la Commonalty dénonçait "those persons who, having left
another more populous city pretend to stay but a short time amongst us, probably
to support themselves on the way to another place, where they expect to meet with
better friends and political connections; but in reality will drain us of our money, if
not instil into the minds of the imprudent principles incompatible with that virtue
which is the true basis of republican liberty and happiness" (Phelps 1890, 24).
(2)
"On Monday last, the company of comedians who have been in this city for
those some months past, set off for Montreal. In justice to the company, we cannot
omit mentioning that their conduct has been such as to meet with the approbation of
the city in general" ( The Albany Gazette, 23 février 1786). Noter qu'une partie de
la collection de journaux d'Albany a été détruite dans un incendie mais que les
découpures utilisées par Phelps sont conservées dans un fonds à son nom aux
Archives nationales de l'État de New York, à Albany.
(3)
L'affiche parle d' assembly room. Levy, qu'un notaire décrit comme "allemand
de nation", tient taverne au 6, Place du Vieux-Marché, dans un immeuble loué le 11
juin 1761 de Charlotte Lemire, veuve de François Auger dit Lajeunesse (notaire
Hodiesne, 11 juin 1761; voir la Gazette de Québec, 15 décembre 1766 et 24
août 1769; The Montreal Directory, 1819 - archives du Congrès juif canadien,
dossier "Simon Levy").
(4)
Simon Clarke faisait partie du 26e régiment du capitaine Boyd comme simple
soldat et est décédé le 11 octobre 1799 à l'âge de 45 ans. On le désigne comme
tavernier - tavern keeper - dans l'acte de décès de son fils en décembre 1798
(archives de Christ Church). Son auberge, rue Saint-Augustin (aujourd'hui MCGill),
adossée au jardin des Récollets - dont le couvent avait été transformé en baraque
militaire - figure au lot no 22 du deuxième terrier. Clarke est évoqué à quelques
reprises dans les mémoires de John Durang qui logea chez lui durant la première
partie de la tournée de Ricketts (J. Durang 1966, 73-76). À ne pas confondre avec
le capitaine Clarke du 49e régiment que John Lambert vit jouer durant son voyage
de 1806-1808 (J. Lambert 1810, vol. I, 300-01). Ce Clarke pourrait être George
Clarke qui devint en mars 1806 propriétaire d'un théâtre anglophone de la rue
Saint-Joseph [Saint-Sulpice], derrière l'église Notre-Dame (lot 156).
(5)
La liste est impressionnante : A Bold Stroke for a Wife or The Quakers
Wedding, The Countess of Salisbury, Damon and Phillida, The Deuce is in
Him, Douglass or The Noble Scotch Shepherd, Doctors Last's [ sic]
Examination before the College of Physicians, The Fair American and the
Young Quaker, High Life Below Stairs , Jane Shore, King Henry IV or The
Humours of Sir John Falstaff, King Richard the Third, Lethe or AEsop in the
Shades, Linco's Travels, The Mayor of Garrat, The Orphan or The Unhappy
Marriage, The Padlock(opéra), The Recruiting Officer, The Register-Office,
She Stoops to Conquer or The Mistakes of a Night, The Suspicious Husband,
Thomas and Sally or The Sailors Return, Three Weeks after Marriage or What
we must all Come to, The Wrangling Lovers or Like master Like Man( la
Gazette de Montréal, 16 mars - 6 juillet 1786).
(6)
Sur ces traductions, voir Waldo 1942, 104-06, 131-32 et 142-43.
(7)
Le contrat se lit "... fut présent Basile Proulx, bourgeois, demeurant en la ville de
Montréal, lequel loue, du premier jour de janvier jusques et pour quatre mois
consécutifs ... à Edward Allen & Company, conducteurs d'un théâtre, partie d'une
maison sise en cette ville, rue des Récollets, derrière la maison occupée par le dit
bailleur, consistant en un grand appartement où est actuellement construit le théâtre
et tous les appartements du second étage du côté de la dite maison du dit bailleur et
à lui appartenant .... De plus ..., le dit bailleur recevra, chaque nuit de
représentation, un billet de loge ..." (notaire Beek, BRH, vol. XXV, 154). Sur le
tronçon de la rue Notre-Dame qu'on appelait "rue des Récollets", entre McGill et
Saint-Pierre, seul le lot voisin de Louis Foureur dit Champagne correspond à la
description. Il est jusqu'en 1810 au nom de Proulx, qui occupe la partie arrière, sur
Saint-Jacques. La rue des Récollets actuelle fut ouverte en 1818.
(8)
La Gazette de Montréal, 1er novembre 1787. Les textes de l'époque sont
avares de prénoms. On trouve cependant au registre de l'église anglicane, le 11
février 1790, la mention du décès de Mary Culley Bentley, épouse de John
Bentley, qui pourrait bien s'appliquer au couple de la troupe d'Allen & Moore.
Bentley, connu comme harpiste et directeur musical de théâtre, devint titulaire des
orgues de la basilique de Québec de 1810 à 1813, à 46 £ par année, mais à charge
de se préparer un successeur catholique : "Il s'obligera ... d'enseigner pendant ce
temps un jeune homme, de manière à le rendre capable de jouer convenablement
au bout de trois années" ( BRH, vol. XIII, 14; également J. Durang 1966, 87; C.
Durang 1854-55, c. XII, 23 Juillet 1854).
(9)
L'annonce française situe l'école "dans la rue du Mont-Carmel (vis-à-vis la
maison du jardin du fort)", ce que l'anglaise formule différemment, "opposite the
General's garden" ( La Gazette de Québec, 31 août 1786). À New York, le 5
octobre 1785, avec Hallam & Allen, Bellair avait présenté une danse française
(Odell [1927] 1970, vol. I, 235). À Albany, avec Allen & Moore, il avait joué les
rôles d'Hortensio dans The Taming of the Shrew et d'un serviteur dans Cross
Purposes( The Albany Gazette, 5 December 1785; in Phelps 1890, 21). À
Montréal, il est d'à peu près toutes les distributions comme acteur ou danseur. À
Québec, les 20 juillet et 3 août, il présenta une danse cosaque et tient les rôles d'un
serviteur dans The West Indian et de l'assassin dans The Countess of Salisbury. Il
compte parmi les Montréalais signataires d'une pétition de Bonne en 1799.
(10)
Guillaume Moreau Mechtler, né à Bruxelles en 1764, était fils de Pierre-Paul
Mechtler et de Marie-Madeleine Moreau. D'abord professeur de musique à
Québec, il devint co-organiste de Notre-Dame de Montréal en 1789 (avec
Jean-Louis Foureur dit Champagne), puis organiste plein temps de la cathédrale
Christ Church en 1791 et de Notre-Dame en 1792. Il épousa à Montréal en 1793
Marie-Anne-Angélique Landriève. Il semble avoir fait des tournées avec elle sur le
même circuit que son ancienne troupe : l'une du côté de New York, Boston et
Halifax, si tant est que sa femme ait été la cantatrice Mechtler qui se produisit en
ces villes au début des années 1790; l'autre du côté de Philadelphie où un Mechtler
interpréta un concerto de piano en janvier 1795. Il a donné un concerto à Montréal
le 14 septembre 1796. On sait par une reconnaissance de dettes à Joseph Quesnel
en avril 1787 que son revenu au théâtre était à cette date d'environ 2£ par semaine,
ce qui permet de comprendre pourquoi acteurs et musiciens devaient exercer des
métiers parallèles pour survivre, aubergistes ou professeurs ( DBC, vol. VI,
550-51). Il compte lui aussi parmi les Montréalais signataires d'une pétition de
Bonne en 1799.
(11)
Delvecchio était témoin quand Thérèse épousa son cousin Joseph en 1797.
Ce dernier fut décrit comme aubergiste, fils de Jean-Antonin Donegani de
Saint-Martin de Montracy, en Lombardie. L'auberge se trouvait rue Saint-Paul
entre McGill et Saint-Pierre, côté sud; on lit au second terrier : "Joseph Donegani.
Ensaisiné le 14 mars 1803" (lot 3). On trouve un autre immeuble à son nom dans le
faubourg Saint-Laurent, rue des Jurés [Viger] : "Terrain de 66' sur 185'; après
plusieurs mutations Joseph Donegani ensaisiné en 1803. Puis J. & J. Donegani
héritiers. Puis John Donegani seul héritier survivant" (lot 144).
(12)
La Gazette de Montréal, 15 décembre 1791. Pour d'autres spectacles, voir
les comptes de l'imprimeur William Brown : "1788, Sept. 22. Printed for
Donegane, Rope Dancer, 200 Handbills notifying Feasts of activity &tc, 1 folio
page on Crown .... Sept. 27, Oct. 3, 11, 18, 23, 27" (Tremaine 1952, 256). Les
dates des affiches et des journaux ne coïncident pas;on recourait tantôt à l'une
tantôt à l'autre forme de publicité.
(13)
En 1820, ils offraient toujours, dans le Vieux-Port, en amont du Courant
Sainte-Marie, derrière leurs hôtels, un spectacle de ballon comme ceux de
Blanchard à Philadelphie ( la Gazette de Montréal, 30 août 1820). Jean
Donegani, décédé en mars 1799, avait désigné Thomas Delvecchio comme
exécuteur testamentaire. Ce dernier possédait un immeuble à l'angle nord-ouest de
la rue Saint-Paul et du Nouveau-Marché [Place Jacques-Cartier, où il se trouve
encore] et un hôtel sur la rue Coloniale, face au Vieux-Marché, dos aux
fortifications et voisin immédiat de la porte du Marché. Jean possédait aussi une
auberge rue Coloniale, face à la ruelle Chagouamigon et dos aux fortifications, de
même que l'auberge des Trois-Rois toute proche. Deux ans avant sa mort survenue
en mai 1826 Thomas installa aux Trois-Rois un Museo Italiano géré par sa fille
Christine et son gendre Pierre Lestilles Leblanc (que des historiens confondent avec
son père et son frère qui portent tous deux les prénom et nom de Cajetan Leblanc).
Lors du décès de Thomas Delvecchio, un fils de Jean Donegani, Giuseppe, tenta de
reprendre les Trois-Rois mais il en fut empêché par les trois fils de Thérèse et de
Joseph (lui-même décédé en mars 1803). L'argument qui fit gagner les trois frères
en Cour municipale en 1828, en Cour d'appel en 1832 et au Conseil privé en 1835
se fondait sur la nationalité canadienne qu'ils étaient techniquement seuls à pouvoir
revendiquer. En 1833, après le jugement de la Cour d'appel, les Leblanc
déplacèrent le musée vers la maison Delvecchio - qui existe encore - sur le
Nouveau-Marché [angle nord-ouest de la rue Saint-Paul et de la Place
Jacques-Cartier]. L'auberge des Trois-Rois fut détruite dans l'incendie général du 8
juin 1852 (Massicotte 1928, 48-49; Trépanier 1968, 24-25; DBC 1966, vol. VI,
202-03, et vol. IX, 226-28).
Mise à jour le 05 avril 2006
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