Roi, arrêts et ordonnances de police qui font défense aux danseurs de corde de jouer aucune pièce de comédie sur les théâtres qu'ils ont établis aux environs de la foire Saint-Germain, sans aucune autorité de justice, ni privilége, ils viennent d'apprendre que la troupe des danseurs de corde, qui est établie au jeu de paume de Bel-Air, rue de Vaugirard, sous le nom de la demoiselle Baron, continuoit de représenter des comédies et pièces de théâtre scènes par scènes, même affichoit publiquement qu'on y jouoit journellement des pièces, ce qui leur attiroit un concours de monde infini par les représentations la plupart indécentes et obscènes qu'ils faisoient, lesquelles causoient la ruine entière de la comédie qui est établie par l'autorité du Roi. Pourquoi ils ont intérêt d'arrêter lesdites contraventions à leur privilége, exclusif à toute autre personne, de faire jouer la comédie ; et, pour cet effet, ils nous requièrent de nous vouloir présentement transporter audit jeu de paume de Bel-Air pour dresser procès-verbal de ladite contravention.
Signé : A. DUBOCAGE ; VILLOT-DUFEY.
Sur quoi nous, commissaire, etc., sommes à l'instant transporté susdite rue de Vaugirard, au jeu de paume de Bel-Air, où étant entré, avons trouvé un théâtre rempli de décorations et, dans les côtés, plusieurs loges l'une sur l'autre en deux rangs, un parterre et un amphithéâtre, le tout rempli de monde de l'un et de l'autre sexe. Et dans le moment a paru sur le théâtre un acteur, habillé en docteur, parlant à un autre acteur, nommé Pierrot, auquel il faisoit la proposition de vouloir marier sa fille Colombine à un comte allemand ; qu'après ladite proposition ledit Pierrot lui répondoit par signe, et, resté seul sur le théâtre, disoit qu'il alloit faire entendre cette proposition à Arlequin, son ami, afin qu'il profitât de l'occasion, se déguisât en comte allemand et se présentât audit docteur pour épouser sa fille ; que ledit Arlequin étant survenu après cette seconde scène, ledit Pierrot lui auroit expliqué la même proposition à laquelle Arlequin répondoit par signes et postures ; et, après un entretien d'un quart d'heure, ledit Arlequin se seroit retiré avec ledit Pierrot et se seroit allé déguiser en comte allemand. Ensuite ledit Arlequin seroit revenu faire une troisième scène avec la fille du docteur, lui tenant plusieurs discours, la plupart obscènes et sans aucun ordre, faisant plusieurs postures indécentes avec ledit Pierrot : après lesquelles, étant sorti de sur le théâtre, on auroit apporté une table où il y avoit plusieurs habits de femme et ledit ArIequin seroit venu seul faire une quatrième scène, parlant tout seul, se seroit habillé en femme, auroit continué cette scène seul sur le théâtre en discourant avec une femme pour laquelle il répondoit à plusieurs discours sales, fort indécens et remplis d'obscénités qui auroient fini la pièce (1). Puis il y auroit eu une annonce faite par un particulier qui seroit
(1) Cette pièce est sans doute Arlequin baron allemand, ou le Triomphe de la folie, pièce en trois actes que les auteurs Lesage, Fuzelier et Dorneval mirent plus tard en écriteaux et qu'ils firent représenter, ainsi rarrangée, le mercredi 12 février 1712, au jeu de la dame Baron, précédée d'un prologue intitulé : Arlequin à la Foire.

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See also: Parfaict Mémoires (1743), Le Théâtre de la foire à Paris, Calendrier des spectacles sous Louis XIV The WWW Virtual Library of Theatre and Drama. This project is supported by the British Academy, the AHRB, the UK Higher Education Funding Councils (HEFCE) and Oxford Brookes University, Oxford, United Kingdom. Copyright © 1996-2000 Barry Russell. All rights reserved. barry@foires.net. |