clause, le suppliant et ses associés se seroient trouvés exposés à des poursuites de la part des acteurs ; il étoit juste que les sieurs Gaillard et Dorfeuille les en garantissent, et la plus sûre manière de ne mécontenter personne, étoit de les obliger à les conserver. D'ailleurs c'étoit leur intérêt et ils n'auroient pu faire autrement. Enfin, la dernière clause du bail qui a rapport au suppliant et à ses associés, porte textuellement « qu'ils s'arrangeront si faire se peut et si bon leur semble avec les propriétaires et créanciers des Variétés-Amusantes et avec le sieur Audinot et autres propriétaires du spectacle de l'Ambigu-Comique et traiteront avec eux tant des salles que de tout ce qui sert à l'exploitation desdits spectacles en quoi qu'il puisse consister, à l'amiable et à dire d'experts, de manière que l'on ne puisse rien imputer à ladite Académie s'il arrivoit cessation de spectacle : s'obligeant lesdits sieurs Gaillard et Dorfeuille de la garantie de tous événemens à ce sujet. » Cette dernière clause explique assez clairement l'intention et la volonté de l'Académie royale de musique de respecter la propriété du suppliant et de ses associés. Elle leur enlève leur privilége du spectacle des Variétés-Amusantes, mais après avoir, abstraction faite de la jouissance ou de la non-jouissance de leurs salles et de ce qui en dépend, décidé que les sieurs Gaillard et Dorfeuille leur payeroient des indemnités et des pensions. Par cette dernière clause elle porte ses vues plus loin. Prévoyant que les sieurs Gaillard et Dorfeuille ne pourroient se dispenser de se servir des salles, des décorations et des pièces appartenantes au suppliant et à ses associés, elle les oblige à traiter avec eux, et comment ? A l'amiable, sinon à dire d'experts ; c'est-à-dire suivant l'estimation qui en seroit faite par des gens de l'art pour chaque partie. De cette manière il ne pouvoit pas y avoir de difficultés entre les sieurs Gaillard et Dorfeuille et les supplians. Enfin, l'Académie connoissant le peu de délicatesse des sieurs Gaillard et Dorfeuille, craignant qu'ils ne voulussent pas satisfaire les supplians et reconnoissant cependant le droit qu'avoient le suppliant et ses associés de former contre elle des actions en garantie, elle charge les sieurs Gaillard et Dorfeuille de la garantie de tous événemens à ce sujet. Il faut en convenir, l'Académie royale de musique s'est bien conformée aux volontés de Sa Majesté ; ses intentions sont pures, sa conduite est irrépréhensible ; elle justifie ce que le suppliant a avancé qu'on ne pouvoit pas légalement les dépouiller de la propriété que lui et ses associés avoient du privilége des trois salles et de tout ce qui composoit le spectacle des Variétés-Amusantes. Au lieu de respecter les propriétés du suppliant et de ses associés, de transiger avec eux sur les indemnités et pensions qui leur étoient dues, les sieurs Gaillard et Dorfeuille, sans traiter, sans s'arranger avec eux et sans même leur parler, ont annoncé le 25 septembre qu'ils les excluroient et les dépouilleroient le 1er octobre ; ils ont en effet exécuté cet étonnant projet le 10 du même mois et même auparavant. Ils sont alors entrés dans la salle sur le boulevard, qui est le magasin général des trois salles, ils ont mis la main sur tout ce qui y est renfermé, ils se sont servis de toutes les décorations et des habits nécessaires pour jouer la comédie, ils ont fait jouer les pièces que

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