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Le Théâtre de la foire à Paris

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Chronologie : 1701


1701 mars 31 :

La censure théâtrale arrive, et dans une manière assez hautaine. C'est une lettre de Pontchartrain à d'Argenson :

Il est revenu au roy que les comédiens se dérangent beaucoup, que les expressions et les postures indécentes commencent à reprendre vigueur dans leurs représentations, et qu'en un mot ils s'écartent de la pureté où le théâtre estoit parvenu. S.M. m'ordonne de vous escrire de les faire venir et de leur expliquer, de sa part, que, s'ils ne se corrigent, sur la moindre plainte qui luy parviendra, S.M. prendra contre eux des résolutions qui ne leur seront pas agréables. S.M. veut aussy que vous les avertissez qu'elle ne veut pas qu'ils représentent aucune pièce nouvelle qu'ils ne vous l'ayent auparavent communiquée, son intention estant qu'ils n'en puissent représenter aucune qui ne soit dans la dernière pureté.
(DEPPING (1855) ii 738)

Le parallèle entre celle-ci et la lettre semblable envoyée au sujet des comédiens italiens, une année avant leur expulsion eventuelle, nous suggère que la troupe des comédiens français est loin, à ce moment, de la stabilité et de la faveur royale qu'elle réclame dans ses contestations avec les forains. Paradoxalement, c'est peut-être là où la troupe royale singe les forains qu'elle devient vulnérable. Selon Jules Bonnassies, en leur assemblée du 11 avril suivant, les comédiens français acceptent qu'ils porteront au lieutenant de police, tous les huit jours, la liste des petites pièces affichées pour la semaine à venir. Or, Bonnassies nous dit :

C'est, en effet, dans les petites pièces, dont la Comédie, pour faire concurrence aux spectacles forains, assaisonnaient alors le dialogue de vaudevilles et de ballets, et qui servaient de cadre habituel à la description des moeurs intimes du monde interlope, c'est dans ces petites comédies que les Regnard, les Dufresny, les Dancourt lâchaient la bride à leur verve grivoise.
(BONNASSIES (1874) 275 note)

Disons en plus que dans leurs petites pièces les comédiens français cherchent à s'arroger aussi l'esprit grivois et les formes mixtes des comédiens italiens ; et que, dans cet effort de satisfaire à tout, et donc de rendre inutile toute concurrence, ils risquent à tout perdre.

1701 avril 6 :

Veuve Maurice loue le jeu de paume d'Orléans pour cinq ans, "moyennant la somme de cinq cent livres annuelles", selon Parfaict. C'est probablement un renouvellement du bail. Les Allard y logent. C'est là que les danseurs de corde Nicolas et Pierre Maillard, père et fils, leur rendent visite le 6 octobre, quand les Allard luttent pour défendre l'honneur d'une étrangère, montreuse d'animaux aux foires (CAMPARDON 1877 i 4).

1701 juin 7 :

De retour à Paris pour trouver des comédiens, Tortoriti prend Pierre-François Biancolelli (Dominique), fils de l'ancien Arlequin, et Antoine Delaplace, qui deviendra bientôt l'une des vedettes des foires, comme peintre et décorateur. Il rentre à Toulouse, où sa troupe l'attend. La deuxième vague du théâtre forain parisien se prépare en province. (PARFAICT (1743) i 52)

1701 juin 27 :

Mariage de Catherine Boiron, belle-soeur et bonne amie de Catherine Vondrebeck, avec Jacques Gaye, ordinaire de la musique du roi et valet de chambre ordinaire de la duchesse de Bourgogne. (CAMPARDON 1877 i 84 note)

1701 juillet 25 :

A la Foire Saint-Laurent, Alexandre Bertrand présente Thésée, ou la Défaite des Amazones, généralement reconnue comme la première pièce de Louis Fuzelier, bien que Fuzelier lui-même n'en réclame pas la paternité. (Les Parfaicts l'ont dit, Fuzelier toujours vivant. Mais le titre ne paraît pas dans la liste dressée par Fuzelier qu'on trouve aux Archives de l'Opéra et reproduite dans l'article publié par Georges Cucuel.)

Nous reproduisons d'abord les extraits et le sommaire, tels qu'Heulhard nous les donne dans La Foire Saint-Laurent, en 1878, car c'est à partir de cette version, incomplète, qu'on a discuté la pièce pendant ces derniers cent ans. Mais nous reproduisons aussi -- et pour la première fois -- la version originale dans son intégralité. (Nous n'avons ajouté que les couleurs rouges pour faire plaisir sur l'ecran.)

Remarquons qu'il n'y a pas d'indication du titre Les Amours de Tremblotin et de Marinette dont parle Parfaict : les scènes comiques où figurent Tremblotin et Marinette sont intercalées, sous la rubrique d'Intermèdes, dans la pièce comme entr'actes. La version originale n'indique non plus qu'une partie du spectacle soit destinée aux marionnettes, plutôt qu'aux acteurs vivants, bien qu'Heulhard ait supposé que

... les intermèdes avaient pour but d'amuser la galerie et de donner le temps au metteur en scène des Marionnettes, soit de changer de décoration, soit de préparer le jeu de ses comédiens de bois.
(p.164).
Une seule scène (III.ii) suggère l'emploi des machines du marionnettiste :
Pirithous fait avancer les troupes, & attaque la citadelle, avec Thesée. Les Grecs enfoncent la porte de la citadelle.
De telles techniques, associées à ce qu'on appelle en Angleterre the siege play, se trouveront beaucoup plus élaborées en 1705, dans la deuxième collaboration connue entre Bertrand et Fuzelier, Le Ravissement d'Hélène S'agit-il de tableaux mouvants et de machines, plutôt que de marionnettes proprement dites ? Notons que, l'année prochaine, quand Bertrand présente encore une espèce de siege play, sous le titre de La Surprise de Crémone par les allemands, son affiche spécifie que c'est "en personnes naturelles".

Aspect surprenant, c'est l'incorporation dans la pièce des éléments de danse et de musique : un opéra-ballet en miniature, un ballet comique chanté, et un vaudeville final. Or, on sait qu'on voyait une comédie-ballet à la Foire Saint-Germain en 1695. Nous savons maintenant qu'il y a eu accord entre la veuve Maurice et l'Opéra au moins depuis 1698, dix ans plus tôt qu'on ne soupçonnait. Et, selon les termes de l'accord, veuve Maurice pouvait céder ses droits. Est-ce que Bertrand jouit d'une telle cession ? Il n'y a aucune preuve, mais cela expliquerait pourquoi c'est la Comédie-Française qui fait plainte contre ses activités, et non pas l'Académie royale de musique. Evidemment, Bertrand a plus de liberté en ce qui concerne la danse et la musique que n'ont le comédiens français au même époque : en janvier, quand il y avait des manifestations de la part du public au sujet de la suppression du prologue des Trois cousines à la Comédie-Française, le lieutenant de police, d'Argenson, expliqua à Pontchartrain que c'était "pas moins nécessaire par rapport au privilége [sic] de l'Opéra, que convenable aux règles de la bienséance." (LARCHEY & MABILLE (1866), 41).

Selon PARFAICT (1743) i 26, c'est l'acteur Tamponet qui joue le rôle comique de Tremblotin, et pour ses peines Bertrand lui donne "vingt sols par jour, & de la soupe les jours qu'il joüoit," le même salaire que recevait la demoiselle Bastolet deux années auparavant, et -- toujours selon les Parfaict -- semblable à ce "que cet Entrepreneur donnoit à tous ses Acteurs" à l'epoque. Nous verrons que cela change bientôt.

C'est à cette même foire, selon Parfaict, qu'on voie Christophe Selles pour la première fois :

Sa Loge étoit située vis-à-vis de Saint Lazare, derriere le Cabaret de l'Epée Royale, où est présentement [1743] la Poterie.
Il y tient, semble-t-il, un jeu de sauteurs et de danseurs de corde, avant de travailler pour Bertrand l'année suivante. (Nous n'avons pu trouver des preuves de son parution aux foires avant l'été 1702.)

1701 août 26 :

Léger changement aux droits des pauvres : Francine veut augmenter les prix à l'Opéra et il ne sait pas comment le faire. Pontchartrain écrit au directeur de l'Hôpital Général qu'il est préférable de changer le septième effectif en sixième brut:

Il convient mieux de dire simplement que l'hospital aura le sixième de tout ce qu'on recevra. Ainsy, en quelque état que se trouvent les monnoyes, et quelque somme qu'on reçoive tant à l'Opéra qu'à la Comédie, l'hospital sera toujours seur d'avoir le sixième, qui est ce qu'il a eu au commencement, puisque de 36s. il en reçoit 6, et des autres places à proportion…
(DEPPING (1855) iii 314)

1701 novembre 21 :

Alexandre Bertrand, en plein essor, achète trois loges contiguës à l'intérieur de la halle couverte à la Foire Saint-Germain. Le vendeur est un maître drapier.

Les trois loges "... font une boutique de vingt sept pieds de largeur sur deux travées de longueur faisant l'encoignure de la rüe de Normandie vis a vis la grande porte des Chaudronnieres" (AN S 2872). Une autre référence les met "rue de Normandie coin de la premiere Traverse" (ibid.), ce qui nous permet de les situer sur un plan de l'intérieur de la halle:

Intérieur de la Foire St Germain en 1701

Deux générations plus tard, en 1784, les petits-enfants d'Alexandre Bertrand vendent enfin ces trois loges (à une autre famille foraine, les Restier). Ils déclarent que les loges se situent "sous la salle de spectacles du Sr Nicolet", qui, effectivement, est construite dessus ce coin de la halle. Nous y reviendrons...

1700 1702

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--> See also:
Calendrier des spectacles sous Louis XIV,
Parfaict, Mémoires... (1743) tome 1, tome 2
Campardon, Les Spectacles de la foire... (1877)
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